Lettres de mon moulin – Alphonse Daudet et Danièle Bour

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Je ne me souviens pas avoir vu des lapins ce jour-là autour du Moulin de Saint-Pierre, à Fontvieille en Provence (« Ce sont les lapins qui ont été étonnés ! … Depuis si longtemps qu’ils voyaient la porte du moulin fermée, les murs et la plate-forme envahis par les herbes…. » extrait d’Installation), mais l’image de ce bâtiment est gravée à jamais dans ma mémoire… J’avais onze ans, il faisait très chaud, les cigales chantaient, le mistral soufflait, l’air était gorgé de parfums délicieux. Avec mes parents, j’ai visité le musée Alphonse Daudet attenant au moulin, j’ai appris que ce moulin-ci n’était peut-être pas celui de l’écrivain mais cela m’importait peu. Il se dégageait de cet endroit quelque chose de magique et de merveilleux pour la petite fille que j’étais. Je me rappelle avoir longuement regarder alentour pour m’imprégner du lieu. Je ne connaissais alors qu’un conte de Daudet : La chèvre de Monsieur Seguin, mais cette histoire m’avait fortement marquée. Quelle audace et quelle témérité elle avait eu la petite Blanquette, quelle soif de liberté elle devait avoir pour oser quitter le pré qui la protégeait et courir ainsi au devant du loup… mais quelle journée elle avait passée : « Quand la chèvre blanche arriva dans la montagne, ce fut un ravissement général. Jamais les vieux sapins n’avaient rien vu d’aussi joli. On la reçut comme une petite reine. Les châtaigniers se baissaient jusqu’à terre pour la caresser du bout de leurs branches. Les genêts d’or s’ouvraient sur son passage, et sentaient bon tant qu’ils pouvaient. Toute la montagne lui fit fête.»

Ce jour-là, j’ai quitté cet endroit avec les Lettres sous le bras. Ce recueil, je l’ai toujours. Sur la première page trône la date : Mercredi 22 avril 1987…

Alors aujourd’hui, je suis ravie que mon fils lise à son tour ces contes d’Alphonse Daudet. Des histoires d’un autre temps, d’une région qu’il connait un peu. Qu’il sente la bonne odeur de lavande et qu’il entende souffler le Mistral, qu’il fasse connaissance avec les personnages que j’ai aimés comme Maître Cornille, le berger qui regardait les étoiles, le poète Frédéric Mistral, Dom Balaguère, le Père Gaucher… Qu’il parcourt cette écriture toute simple et pourtant si poétique et si sensible, qu’il se promène dans cette Provence chère à Daudet et écoute l’histoire de ses hommes et de ses femmes, leur quotidien, leur labeur, leurs joies et leurs peines. Et à travers les morales de chacune d’elle ; l’humanité, la bêtise, la beauté, l’amour, la tendresse, le progrès et les traditions…

Un recueil de contes qui traverse les époques. Figurent dans ce livre les dix histoires les plus connues et les plus abordables pour les enfants : Installation, Le secret de Maître Cornille, La chèvre de Monsieur Seguin, Les étoiles, La mule du pape, Le curé de Cucugnan, Les vieux, Le sous-préfet au champs, Le poète Mistral, Les trois messes basses et L’élixir du révérend Père Gaucher. Un grand classique à mettre dans toutes les mains, dès sept ans. Les illustrations de Danièle Bour sont colorées, douces et foisonnent de détails.

 

« Mais la plus belle de toutes les étoiles, maîtresse, c’est la nôtre, c’est l’Etoile du Berger, qui nous éclaire à l’aube quand nous sortons le troupeau, et aussi le soir quand nous le rentrons. Nous la nommons encore Maguelonne, la belle Maguelonne qui court après Pierre de Provence (Saturne) et se marie avec lui tous les sept ans.

– Comment ! Berger, il y a donc des mariages d’étoiles ?

– Mais oui, maîtresse.

Et comme j’essayais de lui expliquer ce que c’était que ces mariages, je sentis quelque chose de frais, et de fin peser légèrement sur mon épaule. C’était sa tête alourdie de sommeil qui s’appuyait contre moi avec un joli froissement de rubans, de dentelles et de cheveux ondés. Elle resta ainsi sans bouger jusqu’au moment où les astres pâlirent, effacés par le jour qui montait. Moi, je la regardais dormir, un peu troublé au fond de mon être, mais saintement protégé par cette claire nuit qui ne m’a jamais donné que de belles pensées. Autour de nous, les étoiles continuaient leur marche silencieuse, dociles comme un grand troupeau ; et par moments je me figurais qu’une de ces étoiles, la plus fine, la plus brillante ayant perdu sa route, était venue se poser sur mon épaule pour dormir… »

Les étoiles, récit d’un berger provençal

 

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Lettres de mon moulin, contes d’Alphonse Daudet, illustrations de Danièle Bour, Grasset-Jeunesse, Mars 2014 —

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4 réflexions sur “Lettres de mon moulin – Alphonse Daudet et Danièle Bour

  1. Nadael, ce qui me touche le plus dans ce que je viens de lire, c’est ce si bel héritage que tu transmets à ton tour à ton fils. Il y a aussi ces odeurs de lavandes, le mistral, les cigales, venus tous me parler de ton coin de pays…

    1. La Provence est vraiment une très belle région de France… oui, c’est vraiment chouette de pouvoir transmettre à ses enfants le goût qu’on a pour la lecture.

  2. Jolie expérience 😉 je me souviens avoir lu ce livre, étant en enfant, mais je n’en garde aucun souvenir. C’était pareil chez moi, ma mère mettait la date et qui m’avait offert le livre.

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