La lettre d’Élisabeth – Emmanuelle Cosso Merad et Pauline Duhamel

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Elisabeth est une petite fille enjouée et rêveuse. N’aimant pas trop les règles, elle désobéit parfois à son père, qui la gronde. La cause la plus fréquente de sa colère est de voir sa fille lire, et ne rien faire d’autre. Car pour lui, lire est une perte de temps. Lui-même ne sait pas lire, il a su mais il ne sait plus. Sa maman n’est pas là, certains disent qu’elle est au ciel, d’autres qu’elle est partie… quant à son frère Antoine, il suit les traces de son père cordonnier ; toujours prêt à l’aider au magasin, n’hésitant pas à manquer l’école.

Un jour, alors qu’elle est assise au creux de son arbre-cachette, Elisabeth décide d’écrire une lettre au Père Noël (première personne qui lui vient à l’esprit) pour faire part de son inquiétude. Il faut que quelqu’un fasse comprendre à son frère qu’il est important d’aller à l’école pour apprendre à lire, à écrire, à compter et plein d’autres choses.

La lettre d’Elisabeth arrive dans une drôle de poubelle. On la nomme La grande poubelle bleue ou la poubelle de l’oubli. Là sont déposées toutes les lettres aux adresses illisibles. Mais José, le facteur, est tellement amoureux des mots et des livres qu’une lettre non lue est une choses inconcevable pour lui. Alors régulièrement, il les récupère et les lit.

Evidemment, José tombe sur la lettre d’Elisabeth. Touché par son histoire, ce facteur au grand coeur va tenter de l’aider. La jolie modiste, Marie vient juste d’inventer un matériau surprenant qui remplace le cuir. José a peut-être trouvé la solution pour que le cordonnier se remette à lire… car pour apprendre à réparer les chaussures faites avec ce nouveau matériau, il faut lire la notice !

Un très joli conte plein de drôlerie malgré le sujet abordé : l’illétrisme, qui n’est en réalité pas creusé (volontairement à mon avis ; c’est à nous parents d’aller plus loin dans l’explication et de répondre aux éventuelles questions de l’enfant). Ce que les petits lecteurs retiennent surtout, c’est qu’il est important d’aller à l’école pour apprendre toutes sortes de choses, dont la lecture, essentielle pour se débrouiller dans la vie. Les personnages sont truculents, en particulier le facteur, fantasque à souhait et terriblement attachant. Pour la petite histoire, c’est l’association de Francis Cabrel, Voix de Sud, qui a fait appel à Emmanuelle Cosso Merad pour écrire un conte sur l’illétrisme en vue d’un spectacle musical pour enfants (joué lors des « Rencontres d’Astaffort » en juin 2013). Une lecture à conseiller aux petits écoliers, dès huit ans.

« Mon père, il avouera jamais qu’il sait pas lire. Il a trop honte. Il dit qu’il ne voit pas bien mais c’est pas vrai. Sa technique pour abuser les gens, c’est qu’il a une paire de lunettes qu’il prétend tout le temps avoir perdue. Ça n’abuse que lui et ça n’amuse personne. C’est à moi qu’il demande de lire le courrier. Pas à mon frère. Mon frère, je crois qu’il veut qu’il soit comme lui. Ça ne lui suffit pas de pas savoir lire. Il veut un complice. Et le problème c’est que c’est en train de marcher. Il lui fait rater l’école en disant qu’il a besoin de sa présence au magasin. Il lui dit que la lecture, c’est un truc de fille et que c’est très mauvais, que ça donne des idées qui sont pas la réalité. Là, il a peut-être pas tort… Parce que moi… la réalité… Pouf, pouf… »

« C’était comme ça avec José, chaque jour avait son humeur. Le lundi était gai, le mardi tout doux, le mercredi mélancolique, le jeudi enthousiaste, le vendredi entreprenant, le samedi gourmand, et dimanche était le jour des colères que José gardait pour la fin de semaine. »

« – Oh , moi je n’ai pas tout votre vocabulaire, monsieur… Et je ne souhaite pas savoir tant de choses. Ça se voit comme le nez au milieu de la figure que vous n’avez jamais vraiment regardé une chaussure… Tout ce que vous dites, c’est rien que des phrases que vous avez apprises dans les livres. Moi, en voyant les chaussures, je ne vois pas l’usine qui les a fabriquées… je ne vois pas la machine qui a cousu… Je vois la personne qui les porte. Je vois son humeur. Je vois son énergie… »

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La lettre d’Élisabeth, roman jeunesse (dès 8 ans) écrit pas Emmanuelle Cosso Merad et illustré par Pauline Duhamel, Castor Poche, Flammarion, Mars 2014 —

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