Prendre fin – Jean-Pierre Enjalbert

Prendrefin

C’est le plein soleil sur Paris en ce mois de juillet. Les robes légères sont de sortie dévoilant les jambes des femmes, ce qui n’est pas pour déplaire au personnage de ce roman qui marche dans la rue nonchalamment en les observant malicieusement. D’emblée il se lance dans une tirade sur les gambettes – on ne peut pas s’empêcher ici de penser au film L’homme qui aimait les femmes de Truffaut et à cette célébrissime phrase : « Les jambes de femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens lui donnant son équilibre et son harmonie. » Bref, le ravissement de notre homme est de courte durée lorsqu’il découvre que sa voiture a disparu, emmenée à la fourrière.

La joie de vivre laisse la place à une certaine contrariété… En chemin pour récupérer son bien, il s’effondre d’un coup, probablement victime d’un infarctus. Le voici donc gisant sur l’esplanade du Centre Pompidou sous un soleil de plomb.

Le coeur est en train de lâcher. Les minutes s’égrennent. Le temps est comme suspendu. Un temps qu’il faut bien occuper… par des pensées… sur la vie et la mort bien sûr, sur la société, et puis inévitablement des moments de vie défilent.

Un sujet qui ne manque pas d’intérêt, un début prometteur plein d’emphase, d’érudition, de réflexions bien senties, le tout parsemé de références littéraires, picturales, philosophiques etc… le ton est volontiers caustique, les traits d’humour fréquents, mais plus la lecture avance plus les digressions sont nombreuses, plus les propos sont confus, et tout cela me lasse. Ce « je » qui prend tout l’espace (malgré son immobilisme) m’agace. Les quelques personnages qui passent par-ci par-là sont de simples esquisses. L’auteur survole plus qu’il n’explore, dommage car le sujet aurait mérité mieux.

Certes l’écriture est alerte et assez brillante il faut le reconnaître, mais le cynisme vire à la condescendance. Je me suis vite noyée dans ce flot de paroles, si bien que je suis incapable de vous « raconter » cette histoire. Histoire que j’ai tout de même lue jusqu’au bout pour qu’enfin prenne fin ce personnage.

« Un jour la vie ne nous va plus, me dis-je dans une irrépressible envie d’y penser. Elle ressemble à un vieux vêtement usé, usé à l’usage, rapiécé, probablement démodé. Nous ne sommes plus assorti à la vie. On doit se séparer. Rien ne va plus. »

« Mourir c’est boucher un trou donc respecter la loi de la pesanteur. Ou bien la défier et partir en fumée. (…) Dans tous les cas, laisser un vide. Mais laisserai-je un vide puisque je vais combler le trou qui m’attend ? Quoiqu’un trou ne soit pas forcément vide. Au cimetière, on dit Le défunt laisse un grand vide derrière lui, on ne dit pas Le défunt laisse un grand trou derrière lui, ça fait banquier en fuite ou plombier qui n’a pas fini son boulot. »

« Mourir c’est faire bref et rien ne sert de traîner. Allons faire le mort une dernière fois en attendant la mort. La foule n’y verra que du feu. Le petit manège, nous le connaissons pas coeur, n’est-ce pas : il suffit de fermer les yeux. »

masse_critiqueRoman lu dans le cadre d’une opération Masse Critique – Babelio

Prendre fin, roman de Jean-Pierre Enjalbert, Belfond, Janvier 2014 —

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4 réflexions sur “Prendre fin – Jean-Pierre Enjalbert

  1. Terrible ces personnages qui finissent pas nous hérisser! Impossible alors de s’intéresser vraiment même si l’auteur écrit bien! Pourtant l’on peut quand c’est bien fait s’intéresser à des personnages antipathiques mais il faut qu’ils soient vrais, et que la réflexion soit profonde.

    1. Ce personnage-là est vraiment antipathique (égocentrique, il passe en revue sa vie – et particulièrement ses aventures féminines, sans intérêt aucun, il parle des prostituées et de femmes qui d’après lui n’ont pas une grande réflexion – à aucun moment il n’ évoque l’amour mais l’a-t-il déjà connu? c’est navrant… il n’évoque jamais la douleur éprouvée, étrange tout de même, mourir d’une attaque n’est pas sans douleur…bref une lecture à oublier.

  2. J’ai déjà vu ce livre défiler sous mes yeux. Mais si je comprends bien, l’auteur ne va pas au bout des émotions. J’avais ressenti la même chose en lisant «L’attrape-cœurs » de Salinger, qui au fil des pages effleurait les sentiments sans aller en profondeur. Dommage… En même temps, j’ai tant de livres à lire que celui-ci j’éviterai de le mettre dans le calepin à cet effet 🙂
    Bonne journée Nadael

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