Kiki Dimoula, poétesse grecque

Kiki-Dimoula_couv

Poétesse grecque, Kiki Dimoula est née à Athènes en 1931. Elle a reçu le prix européen de littérature en 2010. Vous pouvez découvrir davantage de poèmes ainsi qu’un texte de Michel Volkovitch sur cette grande dame ici.

Voici deux poèmes extraits du recueil Le peu du monde suivi de Je te salue jamais, préfacé par Nikos Dimou  et  traduit du grec par Michel Volkovitch, Poésie/Gallimard :

Signe de reconnaissance

« Statue de femme aux mains liées

Tout le monde t’appelle aussitôt statue
et moi aussitôt je te donne le nom de femme.

Tu décores un jardin public.
De loin tu nous trompes.
On te croirait légèrement redressée
pour te souvenir d’un beau rêve,
et prenant ton élan pour le vivre.
De près le rêve se précise :
tes mains sont liées dans le dos
par une corde de marbre
et ta posture, c’est ta volonté
de trouver quelque chose qui t’aide
à fuir l’angoisse du prisonnier.
On t’a commandée ainsi au sculpteur :
prisonnière.
Tu ne peux
peser dans ta main ni la pluie
ni la moindre marguerite.
Tes mains sont liées.

Ce n’est pas seulement le marbre qui te garde
comme Argus. Si quelque chose allait changer
dans le parcours des marbres,
si les statues entraient en lutte
pour conquérir la liberté, l’égalité,
comme les esclaves,
les morts
et notre sentiment,
toi tu marcherais
dans cette cosmogonie des marbres
les mains toujours liée, prisonnière.

Tout le monde t’appelle aussitôt statue
et moi tout de suite je t’appelle femme.
Non pas du fait que le sculpteur
a confié une femme au marbre
et que tes hanches promettent
une fertilité de statue
une belle récolte d’immobilité.
À cause de tes mains liées, que tu as
depuis que je te connais, tous ces siècles,
je t’appelle femme.

Je t’appelle femme
car tu es prisonnière.« 

                                                      Les souffrances de la pluie

« En pleins raisonnements et déraisonnements
la pluie s’est mise à faire fondre minuit
avec toujours ce bruit de défaite
tu, tu, tu.
Bruit sourd, tout plein de solitude,
bruit normal d’une pluie normale.

Mais la déraison
m’a enseigné une autre écriture,
une autre lecture des sons.
Et toute la nuit j’écoute et lis la pluie,
t près d’un u, u près d’un t,
caractères de cristal entrechoqués
qui chuchotent leurs tu, tu, tu.

Toutes ces gouttes qui te tutoient,
toute la nuit
bruit toujours identique et ses malentendus,
bruit nocturne,
nécessité nocturne du tu,
pluie bégayante,
comme l’intention ratée
de raconter une longue histoire
tout ça pour ne dire que tu, tu, tu,

nostalgie monosyllabique
tension d’un mot unique,
un tu comme mémoire,
un autre comme critique,
fataliste,
tant de pluie pour une absence
tant d’insomnie pour un mot unique,
elle m’a soûlée cette nuit la pluie
avec sa partialité
tu, tu, tu, rien d’autre
comme si tout le reste ne comptait plus
et que tu sois partout. »

4 commentaires sur “Kiki Dimoula, poétesse grecque

    1. Je viens de découvrir cette poétesse. J’aime la manière détournée avec laquelle elle aborde ses thèmes (condition de la femme, l’absence, la mort…), originale en effet.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s