Noces suivi de L’été – Albert Camus

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« À présent du moins, l’incessante éclosion des vagues sur le sable me parvenait à travers tout un espace où dansait un pollen doré. Mer, campagne, silence, parfums de cette terre, je m’emplissais d’une vie odorante et je mordais dans le fruit déjà doré du monde, bouleversé de sentir son jus sucré et fort couler le long de mes lèvres. Non ce n’était pas moi qui comptais, ni le monde, mais seulement l’accord et le silence qui de lui à moi faisait naître l’amour. Amour que je n’avais pas la faiblesse de revendiquer pour moi seul, conscient et orgueilleux de le partager avec toute une race, née du soleil et de la mer, vivante et savoureuse, qui puise sa grandeur dans sa simplicité et debout sur les plages, adresse son sourire complice au sourire éclatant de ses ciels. »

« Ce qui compte, c’est la vérité. Et j’appelle vérité tout ce qui continue. Il y a un enseignement subtil à penser qu’à cet égard, seuls les peintres peuvent apaiser notre faim. C’est qu’ils ont le privilège de se faire les romanciers du corps. C’est qu’ils travaillent dans cette manière magnifique et futile qui s’appelle le présent. Et le présent se figure toujours dans un geste. Ils ne peignent pas un sourire ou une fugitive pudeur, regret ou attente, mais un visage dans son relief d’os et sa chaleur de sang. »

« Que signifie Prométhée pour l’homme d’aujourd’hui ? On pourrait dire sans doute que ce révolté dressé contre les dieux est le modèle de l’homme contemporain et que cette protestation élevée, il y a des milliers d’années, dans les déserts de la Scythie, s’achève aujourd’hui dans une convulsion historique qui n’a pas son égale. (…) L’homme d’aujourd’hui est en effet celui qui souffre par masses prodigieuses sur l’étroite surface de cette terre, l’homme privé de feu et de nourriture pour qui la liberté n’est qu’un luxe qui peut attendre ; et il n’est encore question pour cet homme que de souffrir un peu plus, comme il peut être question pour la liberté et ses témoins que de disparaître un peu plus. »

Qu’il est difficile d’écrire quelque chose après ces mots-là, ceux d’Albert Camus. Ce recueil se ressent, il vibre en nous. Il s’en dégage une lumière, une beauté, des effluves, des sensations. Camus célèbre ici la communion de l’homme avec la nature, avec le monde. Son accord, sa fusion. Il nous parle du pays où il a grandi, l’Algérie. Le ciel inondé de soleil, le ressac de la mer comme une respiration, les ruines de Tipasa, Alger la blanche, les baigneurs du jour tout à leur joie, le silence du soir et la mélancolie, le vent de Djemila qui balaie le paysage et l’assèche, l’âpreté de la société parfois futile vide et conquérante face à la nature pleine généreuse et apaisante, méditation, réflexions, contemplation, une escale en Toscane, la condition de l’homme, la vie mortelle, les mythes fondateurs, la richesse du moment présent…

Son exaltation transporte le lecteur. Un voyage poétique, qui nous laisse étourdi, ivre de l’ondulation de ses mots qui résonnent encore et encore.

Noces suivi de L’été, essais d’Albert Camus, Folio —

16 commentaires sur “Noces suivi de L’été – Albert Camus

  1. Évidemment, je ne peux que te suivre dans tes propos, dans l’impression que tu laisses concernant une oeuvre immense, insistant par la même occasion sur les multi-talents d’Albert CAMUS.
    Merci Nadège! Je considère que ta contribution scripturale est précieuse.à plus d’un titre…

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