L’homme qui plantait des arbres – Jean Giono

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Dans les années cinquante, Jean Giono est contacté par l’illustre magazine américain The Reader’s Digest qui lui propose d’écrire un texte pour la rubrique intitulée « Le personnage le plus extraordinaire que j’aie jamais rencontré ». L’écrivain se plie volontiers à l’exercice et envoie rapidement son récit, L’homme qui plantait des arbres. Une lettre enthousiaste arrive sans tarder, le félicitant. Quelques jours passent et Giono reçoit une seconde missive. Cette fois, le ton est différent : on le traite d’imposteur. Son étonnement est grand ; évidemment que son personnage, Elzéard Bouffier, n’existe pas… il est romancier, son travail est d’inventer des histoires! The Reader’s Digest refuse de publier son texte.

En voilà l’histoire.

Été 1913. Le narrateur, un jeune homme de vingt ans entreprend une longue marche « dans cette très vieille région des Alpes qui pénètre en Provence ». Petit point dans l’immensité, il parcourt la montagne désolée où juste quelques lavandes disséminées osent pousser. Les villages qu’il trouve sur son chemin ont été abondonnés, faute d’eau. Seul le vent souffle à ses oreilles. La vie semble avoir quittée cet endroit. Après plusieurs jours de déambulation, il rencontre un berger qui lui offre l’hospitalité. L’homme s’appelle Elzéard Bouffier. Jadis, il eut une femme, un fils et une ferme. Suite à leur perte, il s’est retiré ici dans une petite maison en pierres, chaleureuse et confortable, avec ses brebis et son chien.

Devant le narrateur, l’homme se met à trier des glands… et le lendemain, il le voit les planter dans la terre avec une longue tringle de fer. Bouffier lui confie alors qu’ « il avait jugé que ce pays mourait par manque d’arbres. Il ajouta que, n’ayant pas d’occupations très importantes, il avait résolu de remédier à cet état de choses. » Depuis trois ans, il avait planté près de cent mille arbres.

Le jeune homme n’oubliera jamais cet homme qui plantait des arbres. La guerre de 1914-18 fait rage, et tue beaucoup. Soldat pendant cinq ans, les yeux emplis d’atrocité, il retourne en Provence, sur ce lieu qui l’apaise tant. Elzéard est encore là. S’il s’occupe maintenant de ruches, il poursuit toujours son rituel de reforestation d’un pas lent, avec patience et persévérance. Le paysage s’est modifié, de jeunes arbres poussent désormais, l’eau recommence à couler…

La dernière fois que les deux hommes se virent, le plus vieux allait sur ses quatre-vingt dix-sept ans. Une forêt avait remplacé le désert de 1913, on avait construit des maisons entourées de jardins, on pouvait voir au loin des fermes et des champs d’orge, et on entendait ruisseler l’eau…

Cette fable est une ode à la nature, à la générosité et à la vie. Par la seule volonté d’un homme, par son geste, par sa main, une forêt est née. Cet homme qui s’était retiré de la civilisation, dans une profonde solitude, ignorant les guerres, avait su ramener la vie là où elle avait disparu. Magnifique.

« Pour que le caractère d’un humain dévoile des qualités vraiment exceptionnelles, il faut avoir la bonne fortune de pouvoir observer son action pendant de longues années. Si cette action est dépouillée de tout égoïsme, si l’idée qui la dirige est d’une générosité sans exemple, s’il est absolument certain qu’elle n’a pas cherché de récompense nulle part et qu’au surplus elle est laissée sur le monde des marques visibles, on est alors, sans risque d’erreurs, devant un caractère inoubliable. »

« Quand je réfléchis qu’un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, a suffi pour faire surgir du désert ce pays de Chanaan, je trouve que, malgré tout, la condition humaine est admirable. Mais, quand je fais le compte de tout ce qu’il a fallu de constance dans la grandeur d’âme et d’acharnement dans la générosité pour obtenir ce résultat, je suis pris d’un immense respect pour ce vieux paysan sans culture qui a su mener à bien cette oeuvre digne de Dieu. »

L’homme qui plantait des arbres, nouvelle de Jean Giono, Gallimard, première publication en 1953 —

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17 réflexions sur “L’homme qui plantait des arbres – Jean Giono

  1. J’ai lu ce livre il y a bien lontemps et j’en garde un très beau souvenir. Merci our ce rappel et l’anecdote croustillane ! C’est certain qu’Elzéard Bouffier n’est pas un nom très sérieux…

  2. Jean Giono n’a voulu aucun centime pour cette nouvelle, elle a été publiée et il n’a rien demandé. Traduite dans différentes langues un grand geste…. Un grand Monsieur !!!!!

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