L’éveil de mademoiselle Prim – Natalia sanmartin fenollera

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Quand Mademoiselle Prudence Prim pénètre dans le village de Saint-Irénée d’Arnois, un sentiment d’allégresse la transporte. Après avoir répondu à une singulière annonce, la voilà qui se prépare à s’entretenir avec son futur employeur, un certain gentleman souhaitant trouver quelqu’un pour organiser sa bibliothèque, « pouvant cohabiter avec chiens et enfants, de préférences sans expérience professionnelle, titulaires de diplômes d’enseignement supérieur s’abstenir ». Les diplômes, la demoiselle en est bardée, quant aux chiens et aux enfants, elles n’y connait goutte… mais le début de l’annonce lui a suffit pour s’enthousiasmer : « Cherche esprit féminin détaché du monde ».

Le premier contact avec son patron, l’homme au fauteuil – on ne connaitra jamais son nom – la décontenance. Le monsieur est instruit et ne manque pas d’esprit mais il est indélicat… De plus, c’est un fervent religieux alors qu’elle est athée. Vivent avec lui les quatre enfants de sa soeur décédée, qu’il a tous renommés d’une étrange manière. Et puis, régulièrement, tous les enfants du village viennent l’ écouter leur parler de littérature.

Il y a bien une école à Saint-Irénée d’Arnois dans laquelle on apprend à lire et à écrire. Mais, les autres matières sont « enseignés » par les habitants – chacun a sa spécialité –. Ici, l’éducation moderne est blamée. Mademoiselle Prim se retrouve devant une bien étrange communauté où l’art tient une grande place.

Les villageois ont quitté des vies citadines stressantes, bruyantes et oppressantes pour la tranquillité, la douceur, l’écoute. Ils prennent le temps de vivre, d’éduquer leurs enfants dans les meilleures conditions. L’atmosphère feutrée et cotonneuse de Saint-Irénée d’Arnois surprend d’abord la bibliothécaire mais très vite, elle succombe à son charme.

Un premier roman étonnant par l’originalité de son thème et par son ambiance surranée si charmante. L’auteure nous livre là une sorte de fable avec des personnages stéréotypés, des lieux d’un autre âge, des idéaux improbables, un éloge de la littérature, des élans de solidarité, des points de vue sur le mariage, sur la condition féminine, sur l’éducation et tout cela fonctionne bien. La morale de cette histoire : profitons des petites choses de la vie, prenons le temps de les voir et de les savourer. Un moment de lecture agréable.

« Mlle Prim but une gorgée de son thé et s’installa confortablement sur la chaise de l’arrière-boutique. Elle aussi croyait à la valeur des petites choses. Le premier café du matin bu dans sa tasse de Limoges. La lumière du soleil qui filtrait à travers les persiennes de sa chambre et dessinait des ombres sur le sol. Les lectures d’été interrompues par la sieste. L’expression dans les yeux des enfants lorsqu’ils racontent quelque chose qu’ils viennent d’apprendre. Les petites choses construisaient les grandes, cela ne faisait aucun doute. »

« La routine ressemble à la steppe ; elle n’a rien d’un monstre, c’est un aliment. Si vous faites en sorte que quelque chose y pousse, vous pouvez être sûre que ce quelque chose sera fort et vrai. Ce sont les petites choses de chaque jour dont nous parlions plus haut. »

« Malgré le chaos que vous voyez dans ma bibliothèque (…) il n’y a pas une seule virgule improvisée dans l’éducation des enfants. Ni aucun des livres qui leur passent entre les mains qui ne soient auparavant passé entre les miennes. Ce n’est pas un hasard s’ils ont lu Carroll avant Dickens et celui-ci avant Homère. Il n’y a rien de fortuit dans le fait qu’ils aient appris à rimer avec Stevenson avant d’arriver à Tennyson, ni qu’ils soient arrivés à Tennyson avant d’en venir à Virgile. Ils ont connu Blanche-Neige, Pierrot le Lapin et les enfants perdus avant Oliver Twist, Gulliver et Robinson Crusoé, et ceux-ci avant Ulysse, don Quichotte, Faust ou le roi Lear. Et ils l’ont fait dans cet ordre parce que je l’ai voulu ainsi. Ils grandissent avec de bonnes lectures avant d’être capables d’assimiler ensuite de grandes lectures. »

« C’est vrai, je déteste le sentimentalisme, mais cela ne fait pas de moi un homme froid. Une chose est le sentimentalisme et une chose est le sentiment, Prudence. Le sentimentalisme est une pathologie de la raison ou, si vous préférez une pathologie des sentiments, qui grossissent, prennent une place excessive, occupant un lieu qui ne leur correspond pas, deviennent fous, obscurcissent le jugement. Ne pas être sentimental ne veut pas dire manquer de sentiments, mais seulement savoir les endiguer. »

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L’éveil de mademoiselle prim, premier roman de Natalia sanmartin fenollera, Grasset, octobre 2013 —

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