La chimie des larmes – Peter Carey

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Nous sommes à Londres en 2010. Catherine Gehrig, horlogère au musée Swinburne est effondrée ; Matthew, son amant depuis treize ans vient de mourir. Cette liaison secrète la contraint à intérioriser son chagrin, pourtant immense. Comment faire son deuil dans de telles conditions ? Comment retenir ses larmes ? Comment trouver la force pour avancer dans la vie alors que son amour est parti ?

Son supérieur hiérarchique (le seul à connaître la situation délicate de Catherine) lui propose une nouvelle mission qui, pense-t-il devrait occuper son esprit. Il lui confie la restauration d’un automate du dix-huitième siècle qui aurait été imaginé par l’illustre Vaucanson.

Sur le point de refuser ce travail, elle découvre au fond d’un des nombreux cartons contenant les pièces de l’automate, plusieurs carnets ayant appartenu à un aristocrate anglais nommé Henry Brandling. Les écrits de cet homme date de 1854.

Percy, le fils de Brandling est alors gravement malade. Ayant déjà connu la douleur de perdre un enfant, le père est désespéré devant ce petit être qui décline peu à peu. Un jour, il voit le regard de son fils s’illuminer à la vue du plan du Canard de Vaucanson, un automate à la technologie avancée pour l’époque. Ce sourire sur les lèvres de son fils suffit à Brandling pour faire ses valises sans tarder et partir pour la Forêt Noire en Allemagne en quête d’un horloger capable de fabriquer ce jouet mécanique qui, s’il n’a pas le pouvoir de guérir Percy, lui donnera un peu de bonheur.

Le roman de Peter Carey s’articule autour de Catherine et Henry, deux personnages dissemblables au premier abord. Pourtant, en lisant les mots de Brandling, Catherine perçoit comme un écho en elle : la mort et l’amour mêlés, l’attente, l’impatience, la crainte… et ce lien concret ; cet objet en fabrication quelque part dans la Forêt Noire en 1854 et ce même automate en reconstruction chez elle aujourd’hui.

La chimie des larmes est un roman intéressant et intelligent sur la résilience. Sa construction habile fait alterner deux voix (un qui écrit, l’autre qui lit), deux espace-temps, et forcément deux styles pour raconter ces destins. Je regrette néanmoins les longueurs, descriptives et techniques qui ont gênées quelque peu ma lecture.

« Nous savions, elle et moi, écrivait Henry Brandling en 1854, comment un enfant pouvait enchanter votre âme ou vous tordre les veines et vous emplir en permanence de crainte et de tremblement. »

« Cent fois, aux petites heures du jour, je me suis réfugiée auprès d’Henry Brandling, dont l’écriture légèrement automatique masquait en partie l’étrangeté des événements qu’il décrivait. Son histoire constituait, au meilleur comme au pire sens du terme, un récit intrigant. De fait, on était souvent déconcerté ou frustré par ce qu’il avait omis. La narration était pleine « d’embardées » brutales et déconcertantes. »

« J’étais le moteur de Percy, son énergie, sa pile voltaïque. Je le nourrissais à l’encre de ma plume en lui décrivant la fabrication d’un automate que je n’avais jamais vu. Ainsi passais-je mes journées. »

La chimie des larmes, roman de Peter Carey, Actes Sud, Septembre 2013 —

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17 réflexions sur “La chimie des larmes – Peter Carey

    1. Oui la construction narrative est intéressante. La notion du temps est très présente… un temps qui passe, irréversible, et pourtant grâce aux écrits il refait surface.

  1. Un peu mitigé donc, ton avis. Cela me fait penser à une histoire pour les enfants, un roman graphique où le petit héros est à la recherche d’une pièce pour son automate. Cela s’appelle l’invention de Hugo Cabret.

    1. Comme toi j’ai une aversion pour les automates et les masques aussi… ce roman est assez bien fait dans sa construction mais je n’en garde pas un souvenir impérissable.

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