Les heures silencieuses – Gaëlle Josse

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Scène d’intérieur. Au premier plan une chambre cossue dont on devine la richesse grâce aux dorures et autres ornements, on distingue au bout de l’enfilade de pièces une servante, autre signe de l’aisance des propriétaires… Un intérieur sombre éclairé par la lumière du jour s’infiltrant par les hautes fenêtres et dessinant sur le sol des figures géométriques, on dirait du Vermerr. Il y a dans cette toile quelques mystères ; l’uniforme posé négligemment sur une chaise, une tête sortant de la pénombre du lit à baldaquin, et puis cette femme de dos jouant de l’épinette… Une femme qui cache volontairement son visage au peintre. C’est justement cette dissimulation qui intrigue et amène à la rêverie. Qui est cette dame ? Pourquoi ne se montre-t-elle pas entièrement ? Elle doit avoir ses raisons, mais quelles sont-elles ? Gravité et austérité se dégagent de ce tableau peint par Emmanuel de Witte au 17ème siècle et Gaëlle Josse s’en est clairement inspiré pour écrire. Avec beaucoup de délicatesse et d’élégance, elle donne vie à cette femme à l’épinette en lui inventant un passé… son visage s’anime alors devant nos yeux.

Magdalena Van Beyeren est l’épouse de l’administrateur de la Compagnie des Indes Orientales à Delft, charge hérité du père de celle-ci. Nous sommes en Novembre 1667 et cette femme qui ne tient pas à ce qu’on voit son visage prend la plume pour y déverser ses maux. Aux heures les plus silencieuses, elle se retire afin d’ écrire son journal. Ainsi, elle se libère de tout ce qui pèse sur son coeur et dans sa chair ; secrets enfouis, remords, instants heureux, désirs perdus ou inassouvis, rêves anciens et autres tragédies familiales.

Par ses mots, elle évoque son enfance et son adolescence, la musique qu’elle aime tant, le métier d’armateur de son père dont elle souhaitait ardemment faire sien, les images de mer, de pays lointains, d’odeurs d’épices, le cri des goélands… mais la place d’une femme à cette époque et de cette classe sociale est auprès de ses enfants. Ses rêves de jeunesse s’évanouissent le jour où elle se marie. Cette femme cultivée et entreprenante, ivre de liberté se retrouve « claquemurée » dans une maison dorée. Prisonnière de ses désirs, malgré elle. Dans son journal, qu’elle écrit un mois durant, elle se met à nu. Avec une sincérité désarmante, elle se livre toute entière.

Un roman tout en clair-obscur et sensibilité.

« Musica laetitiae comes medicina dolorum. Dès la première fois où, enfant, j’ai posé mes mains sur les touches, cette phrase s’est offerte à mes yeux, et avant de savoir assez de latin pour la comprendre, j’avais demandé à mon père de m’en indiquer le sens. Depuis, il n’est pas de jour où cette réflexion ne m’accompagne de son évidence. Dans la joie comme dans la peine, la musique demeure notre compagne. Elle embellit ce qui peut l’être, et console, lorsque cela est possible. Mais des trops grandes peines, elle ne distrait point. La vraie tristesse s’accompagne de silence, mais c’est autre chose. »

« Nos mains ne retiennent ni le sable ni l’eau, il en est ainsi de nos coeurs, s’ils n’ont été un jour comblés de plus d’amour qu’ils ne semblent pouvoir en contenir. »

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Les heures silencieuses, premier roman de Gaëlle Josse, Editions Autrement, Janvier 2011 —

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15 réflexions sur “Les heures silencieuses – Gaëlle Josse

  1. Je lirai très certainement cet ouvrage. Gaëlle Josse est une jeune romancière aux multiples talents. Nadège, puis-je te conseiller « Nos vies désaccordées »? Un roman qui devrait te plaire.
    Merci de ton impression. Tu as su saisir le meilleur de l’auteure.

  2. J’en ai un d’elle, ‘Noces de neige ». Je l’avais rencontrée au salon du livre. Elle est très à l’écoute des gens et très disponible. Vraiment une personne ouverte et chaleureuse.

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