Le cahier de Maya – Isabel Allende

LecahierdeMaya

Quand on fait la connaissance de Maya, alors âgée de dix-neuf ans, elle se trouve sur la terre d’origine de sa grand-mère Nini au Chili, hébergée chez un vieil ami à elle sur l’île de Chiloé. Une semaine s’est écoulée depuis qu’elle a quitté son aieule à l’aéroport de San Francisco. En l’embrassant, elle lui glisse entre les mains un cahier où elle devra livrer ses impressions et ses sensations, celles du passé, du présent, en vue d’un avenir meilleur.

En l’envoyant dans cet endroit, Nini éloigne sa petite-fille de l’enfer dans lequel elle s’était enlisée ; sa plongée dans l’horreur de la drogue et de l’alcool, sa complicité dans des affaires louches, son errance dans les rues de Las Vegas, poursuivie par des dealers, recherchée par le FBI, manipulée de toute part, donnant son corps et son âme… un passé lourd pèse sur les épaules si frêles de la jeune femme.

Isoler Maya sur une île suffira-t-il à l’éveiller aux beautés du monde, à lui redonner goût à la vie, à la faire refléchir sur ses actions passées, à l’aider à rencontrer des gens bons et bienveillants ? Cet exil lui sera-il bénéfique ? Parviendra-t-elle à se reconstruire?

Maya a eu une enfance, bien que chahutée, plutôt heureuse. Sa mère, une hôtesse de l’air danoise l’abandonne très jeune, quant à son père, un pilote d’avion, toujours en partance, confie l’éducation de sa fille à sa mère et à son beau-père. La petite fille adore son grand-père Popo, le lien qui les unit semble indéfectible ; il l’emmène au foot, à l’opéra, lui coiffe ses cheveux, ils regardent ensemble des films de Kurosawa et ne se lassent pas de contempler l’espace dans le téléscope planté sur le toit de la maison…

À La mort de Popo, Maya bascule dans un profond désarroi et une grande douleur. Elle ne s’en remettra jamais. Elle vit cela comme un abandon. Seule, elle se sent perdue. En peu de temps, elle sombre dans la drogue et l’alcool, fugue, subit des sévices sexuels, erre dans les rues de Las Vegas. Une mauvaise rencontre et c’est la descente aux enfers.

La maturité de la narratrice, Maya, et les descriptions réalistes de son vécu bousculent forcément. On s’attache à cette jeune fille, on comprend son mal-être et l’origine de ce dernier, on aime quand elle sort enfin la tête de l’eau, celui où elle tombe amoureuse, on adore le moment qu’elle passe avec le cercle des sorcières, regroupement de femmes qui mettent en commun leur énergie et partagent leurs émotions, leurs savoirs, leurs problèmes, leur sagesse…

Isabel Allende s’est attaquée à un sujet complexe en évoquant la toxicomanie et l’alcoolisme des jeunes gens et même si on perçoit une exagération quant aux nombreuses mésaventures de Maya, et une certaine facilité à l’en sortir, on reste captivé du début à la fin par l’histoire qu’elle nous livre.

« Je m’étais rendu compte que dans l’écriture le bonheur ne sert à rien – sans souffrance il n’y a pas d’histoire – , et je savourais en secret le surnom d’orphelin, car les seuls orphelins détectés par mon radar étaient ceux des contes classiques, tous très malheureux. »

« Nini n’a jamais eu recours au stratagème d’une fin heureuse dans les contes pour enfants, elle pense que dans la vie il n’y a pas de fins mais des seuils, qu’on déambule de-ci de-là en trébuchant et s’égarant. »

« Mon Popo… comme il me manque ! C’était un ours, grand, fort, lent et doux, avec la chaleur d’un poêle, une odeur de tabac et d’eau de Cologne, une voix grave et un rire tellurique, des mains énormes pour me soutenir (…) « Promets-moi que tu t’aimeras toujours autant que je t’aime, Maya » me répétait-il, et je le lui promettais sans savoir ce que signifiait cette phrase étrange. »

« Le bonheur est savonneux, il glisse entre les doigts, mais on peut s’accrocher aux problèmes, ils ont une poignée, ils sont âpres, durs. »

« Il me semble que l’année dernière j’ai été précipitée dans un monde sombre. Tandis que j’étais sous terre, telle une graine ou un tubercule, une autre Maya Vidal luttait pour émerger ; sur moi ont poussé de fins filaments cherchant l’humidité, puis des racines semblables à des doigts cherchant la nourriture, enfin une tige persévérante et des feuilles cherchant la lumière. Maintenant je dois être en train de fleurir, c’est pourquoi je peux reconnaître l’amour. Ici, au sud du monde, la pluie rend tout fertile. »

Le cahier de Maya, roman d’Isabel Allende, Grasset, Juin 2013 —

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11 réflexions sur “Le cahier de Maya – Isabel Allende

  1. J’aime tout particulièrement la citation sur le bonheur, tellement vraie… J’aime beaucoup Isabel ALLENDE, son écriture est assez facile à lire, mais son propos a toujours un petit quelque chose en plus!
    « La Maison aux esprits » est un petite chef d’œuvre!

    1. Oui la lecture n’est pas facile (émotionnellement parlant)… assister à la chute de Maya dans la toxicomanie est assez dur. Mais, malgré le thème on reste captivé…

  2. Je ne suis pas sûre qu’il y ai beaucoup d’exagération parce que j’ai lu un article dans mon Elle sur l’auteur ou elle parlait de son livre et elle semblait avoir beaucoup d’expérience dans le sujet. Deux enfants de son compagnon, une fille et un garçon, en sont morts. Je suis vraiment très tentée par cette lecture.

    1. Tu me l’apprends, je ne le savais pas. La succession de mésaventures ne me semblait pas toujours vraisemblable…et sa rémission un peu trop facile et rapide…

  3. Bonjour Nadael,
    Très belle critique, bien structurée et qui s’attaque à l’essentiel.
    La réflexion sur le « bonheur » est vraiment intéressante. C’est tellement vrai…
    Je n’ai pas lu celui-ci mais en ce moment je suis en train de lire « L’île sous la mer », d’Allende. J’adore…
    Bonne journée à toi
    Nadine

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