Alif L’invisible – G. Willow Wilson

alif

Alif est un jeune pirate informatique. Planqué devant son écran d’ordinateur, il n’a pas d’identité. Anomyme, invisible aux yeux de tous. Ce hacker vit dans le Golfe Persique, un pays où la censure politique et religieuse cohabitent. Avec talent, il fait acte de résistance en aidant tous ceux qui le souhaitent – moyennant finance – à déjouer l’autorité de l’état grâce à ses programmes. Mais, son petit manège finit par être mis à jour… il doit fuir.

L’auteure s’est amusée tout au long du roman à entremêler la modernité, les traditions, les légendes et le fantastique. Ainsi, elle évoque les nouvelles technologies avec internet, les femmes voilées, les djinns, les contes ancestraux orientaux, le codage informatique, un livre sacré, les balbutiements du printemps arabe, La main toute puissante de l’Etat, des personnages mystérieux comme Vikram le vampire, Azalel la femme-chat, une princesse, un vieux sage, une convertie, des quartiers fantômes, de la magie…

Le rythme est soutenu, tout va très vite. Les péripéties s’enchaînent, les personnages foisonnent, les lieux se succèdent. On est pris dans le tourbillon de l’épopée d’Alif en espérant pouvoir se poser un peu… malheureusement cela n’arrive pas. Cela aurait pourtant permis de s’attacher davantage aux protagonistes de cette histoire. Car, à trop donner d’informations et de faits, on se noie littéralement. Et le vocabulaire informatique très présent, perd très vite tout lecteur qui ne s’y connaît guère et provoque inévitablement l’ennui.

L’aspect « fantastique » aurait pu s’accorder magnifiquement avec le côté « légendaire » mais tout n’est qu’effleurer… pas d’immersion, pas d’empathie. Trop d’éléments, trop de directions, trop d’imagination presque… Ce roman manque de chaleur et de douceur, même lorsqu’ il est question du sentiment amoureux. Dommage.

« D’un geste vif, Vikram ôta le netbook des mains d’Alif. – Du plastique et de l’électricité, dit-il avec une impression de dégoût. Voilà comment vous pensez vous élever au firmament, vous autres. Mais si tu grimpes trop haut, jeune frère, les anges te demanderont où tu vas. »

« – Ce qui m’échappe, reprit-elle sur un ton conciliant, c’est comment les non-occidentaux arrivent à faire si facilement ces aller-retours entre les civilisations. Je crois que les occidentaux n’ont jamais vraiment pigé ça. Ce n’est pas dans notre ADN culturel de savoir s’adapter. Regardez tous ces écrivains non occidentaux qui ont écrit de la littérature occidentale. Kasuo Ishiguro. On n’imaginerait jamais que Vestige du jour ou Auprès de moi toujours ont été écrits par un japonais. Mais je ne vois pas d’équivalent dans l’autre sens (…). »

« – Le pétrole. Le cheikh secoua la tête. L’immense richesse maudite du sol dont le prophète avait prédit qu’elle nous détruirait. Et la notion d’Etat – quelle idée terrible que celle-là, non ?

Cette partie du monde n’a jamais été faite pour fonctionner de la sorte. Trop de langues, trop de tribus, elles-mêmes trop motivées par des idées que ces cartographes en talons hauts de Paris ne pouvaient comprendre. Ne comprennent pas. Et ne comprendront jamais. »

Alif, l’invisible, roman de G. Willow Wilson, Buchet Chaste, Avril 2013 —

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