Arrive un vagabond

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Etats-unis, Brownsburg, petite ville de Virginie. Nous sommes en 1948. Une bourgade américaine comme beaucoup d’autres à cette époque ; plutôt paisible, les familles de paysans, de commerçants et de riches entrepreneurs se côtoient avec bienveillance, du moment que les statuts sociaux de chacun sont clairement définis. Pas d’envie ni de jalousie, les gens restent à leur place, dans leur propre rôle. Il en de même pour les groupes ethniques et les différentes églises : la ségrégation raciale semble être parfaitement organisée, noirs et blancs vivent ensemble sans se mêler pour autant. Aucune plainte, aucun crime à déplorer à Brownsburg… Une certaine forme de bonheur paraît se dégager de cette ville sans histoire.

Arrive un vagabond, Charlie, dont on ne connaît pas le passé. Il débarque à Brownsburg au volant de son pick-up avec pour seul bagage une valise emplie d’argent et une autre de couteaux. L’homme est boucher. Séduit par la sérénité qui émane de la ville, il a très envie de s’y installer. Rapidement, il obtient une place dans la boucherie de Will Haislett.

Charlie n’a aucun mal à se faire accepter par les habitants : sa solidité, son courage, son calme, son humanité, son application et son implication au travail, et son dévouement font l’unanimité. Une jolie complicité naît entre lui et le fils de six ans de Will, Sam. L’union de deux solitudes. La jeunesse et la maturité. Des échanges humbles et respectueux, chacun donne à l’autre ce qui lui fait défaut.

Arrive la passion amoureuse. Celle qui remue et qui emporte. Une déferlante dans le coeur de Charlie. Une tornade dans la ville. L’édifice, tout de même fragile de Brownburg, en perd son équilibre. De la volupté à la violence, de la tempérance au soulèvement, du paradis à l’enfer, les sentiments profonds se révèlent. Car la femme tant aimée est déjà mariée…

L’auteur décrit chaque personnage avec minutie ; du grain de sa peau à sa façon de marcher, du vêtement qu’il porte à l’intérieur de son âme, de son regard à ses gestes, de sa voix à l’endroit où il évolue. L’écriture est poétique, cinématographique, colorée. Les paysages défilent, les éléments se déchaînent. La tension est palpable dès les premières pages et ne fait qu’augmenter jusqu’au grand final. Ce roman est une merveille alliant la fresque à l’intime. Beauté et cruauté, ombre et lumière, force et vulnérabilité, amour et destruction, spiritualité et matérialité, le regard d’un enfant sur le monde des adultes, celui d’un homme fou d’amour, une femme tyrannisée par l’apparence, le jugement d’autrui, l’intolérance, la confusion des sentiments…

« Il entendait son nom partout. Dans les bruissements de feuillage devant la fenêtre de sa chambre à coucher. Dans les ondulations à la surface des ruisseaux qui couraient sur les terres. Dans le chuintement de ses pneus sur l’asphalte. Il en sentait la douceur sur sa peau, la fraîcheur dans l’air qu’il respirait, la bénédiction dans le contact des draps qui s’enroulaient autour de son corps la nuit. Sylvan. Il n’avait jamais partagé ne serait-ce qu’une conversation avec elle, il n’avait entendu sa voix enfantine qu’une seule fois. Et il se retrouvait incapable de penser à quoi que ce soit d’autre. Chaque fois qu’elle traversait son esprit, c’était comme si Charlie recevait un violent coup de poing dans le ventre. »

« L’enfance est l’endroit le plus dangereux qui soit. Si l’on devait y rester toujours, on ne vivrait pas très vieux. »

« Comment expliquer l’horreur du cataclysme, le métal qui se déchire sous la bombe, les hommes assis là comme des canards sur une mare, les bombardiers qui surgissent de nulle part et dont se déverse le feu ? Comment expliquer le glas qui sonne, les pères et les mères en deuil, le Président à la radio ? Comment en exprimer l’ampleur à un gamin de six ans ?

« C’est une histoire rude. Aussi accueillant qu’il paraisse, ce n’est pas un pays facile. Mais on ne peut vivre de la terre sans la connaître, on ne peut la fouler sans se rappeler que nos pas ne sont pas les premiers. »

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Arrive un vagabond, roman de Robert Goolrick, Anne Carrière, Août 2013 —

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7 réflexions sur “Arrive un vagabond

  1. Chère Nadael, je partage totalement votre enthousiasme pour ce roman qui a été, pour moi aussi, l’un des temps forts de mon année de lecture…
    Bonne continuation à votre site!

  2. C’est celui dont tu me parlais hier, que j’ai noté dans mon calepin « lectures » 🙂 Tu me donnes envie de le lire…

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