Tabloid City

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Si Pete Hamill est romancier et essayiste, il est surtout journaliste. Et on perçoit très vite le reporter derrière cette écriture vive, percutante, orale, emportée. La construction du livre est d’ailleurs tout à fait fidèle à cet esprit journalistique : on a l’impression de lire une succession de dépêches avec un protagoniste différent pour chacune d’entre elles.

Ainsi, l’auteur dresse les portraits d’hommes et de femmes issus d’origines sociales différentes mêlant leurs doutes, leurs passés, leurs angoisses, leurs interrogations avec pour toile de fond New-York, ville emblématique dont il fait presque un personnage à part entière. Mais la cité montre ici son côté sombre et sa fragilité.

L’action se déroule sur vingt quatre heures. Là aussi, on sent l’urgence, la rapidité des faits, les liens plus ou moins profonds entre les personnages ; un double meurtre, un journal qui se meurt happé par le numérique, la nostalgie d’une époque, la mutation de la Big Apple, un vétéran qui enrage, un rédacteur en chef dépité, un djihadiste, un flic, un jeune journaliste encore plein de fougue, un père qui ne comprend plus son fils, un fils qui renie ses parents, des malversations financières, des gens qui errent dans la nuit, la précarité, la richesse, une jeune accouchée qui se défenestre avec son bébé dans les bras, une soirée mondaine, une autre festive et clinquante, la culture des uns, l’ignorance des autres, des amours compliqués, des amours naissants, la solitude, la mort, la revanche, le désespoir, la religion…

Des parcours de vie, une société qui change, des faits divers sordides… chaque individu se débat avec ses propres armes, souvent seul. Le bonheur semble bien loin. L’issue souvent fatale.

Pete Hamill lève le voile sur une société qui va mal et montre des êtres en souffrance. Un roman d’une noirceur implacable, un ton pessimiste, une écriture journalistique pesante. Une lecture en demi-teinte.

« Tous partis à présent. Leurs noms sonnent comme des murmures dans le vide. Inconnus des plus jeunes. Petits fantassins de la guerre des tabloids. Trop d’entre eux sont morts. Beaucoup trop. Mais même les vivants sont portés disparus. Habitent dans des résidences sécurisées, en Floride ou en Arizona. Aujourd’hui les photographes utilisent des appareils numériques. Ils envoient leurs images à partir d’ordinateurs installés dans des coffres de voiture, ou depuis la salle de presse de meetings politiques. Ou des stades de Base-ball. Ils ne passent plus jamais au journal. (…) se servent de gadgets électroniques pour écrire leurs articles. Quelquefois même ils restent chez eux, ils regardent l’événement à la télé et font un tour sur google pour se couvrir. »

« Le seul moyen pour lutter contre la nostalgie, c’est d’écouter la nostalgie de quelqu’un d’autre. »

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Tabloid City, roman de Pete Hamill, Editions Balland, Novembre 2012 —

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