Le cercle – Bernard Minier

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Une nuit, assis au bord d’une piscine éclairée par de puissants projecteurs, un jeune homme pleure. A la surface de l’eau bleutée flottent des poupées livides. La propriétaire de la maison, Claire Diemar, professeure de civilisations à l’université de Marsac vient d’être assassinée dans d’atroces conditions ; son corps nue entouré de cordes est immergé dans la baignoire, dans sa gorge une lampe est enfoncée. Manifestement sous l’emprise de drogues, Hugo le jeune homme qui a fait la macabre découverte est immédiatement suspecté. Sa mère Marianne n’est autre que le premier amour de Martin Servaz, le flic chargé de l’affaire. Voilà le point de départ de cette histoire passionnante.

Il est beaucoup question de cercles dans ce thriller comme l’indique le titre : le cercle fraternel d’un petit groupe d’étudiants qui semblent liés les uns aux autres dans une sorte d’union sacrée et mystérieuse, le cercle vicieux de l’enchainement de faits nouveaux qui augmente la difficulté à résoudre l’enquête, le cercle qui enferme en son centre une proie : une femme claquemurée dans les ténèbres que la folie guette, mais aussi le cercle politique que l’auteur n’hésite pas à égratigner, le cercle sportif – coupe du monde de football – dont il se moque, et le cercle des familier ceux qui sont là depuis toujours…

Une atmosphère singulière et oppressante règne tout au long du roman : une pluie incessante, l’orage qui gronde, les sentiers de la mémoire, une vengeance, un serial-killer qui s’évade d’un hôpital psychiatrique, la musique de Gustav Malher qui résonne tel un letmotiv du début à la fin de l’histoire, une pléthore de personnages venus de tout horizon qui déstabilisent d’abord le lecteur pris dans une sorte de labyrinthe dont il ne voit pas la sortie. Les eaux troubles d’un lac. Un drame ancien. L’univers clos, cossu et secret de la petite ville universitaire de Marsac… Puis, les élément se mettent en place, s’imbriquent les uns dans les autres et donne au tout une parfaite cohérence.

Loin d’être mon genre littéraire préféré, ce thriller écrit avec habileté et intelligence a su captiver mon attention. Il y a bien certaines scènes proche de l’insoutenable pour moi mais le suspense est haletant, le personnage de Martin Servaz est magnifiquement incarné, les reflexions et autres pensées sur la société actuelle, la littérature, la politique, les évolutions techniques sont interessantes et sensées. Un thriller efficace.

« La scène avait quelque chose d’irréel ; là aussi, on avait branché des projecteurs et les visages blancs, fantomatiques, des poupées étincelaient dans la lumière violente – tout comme leurs regards bleus et fixes. Sauf que, songea Servaz en frissonnant, contrairement à celui de Claire Diemar, qui avait l’air tout ce qu’il y a de plus mort, ceux des poupées paraissaient étrangement vivants. Ou plus exactement, d’une vivante hostilité… »

« Ami est quelquefois un mot vide de sens, ennemi jamais. » Victor Hugo

« Elle voyait une clairière ensoleillée et des bois au-delà. Comme dans les contes de fées de son enfance, la maison était isolée au milieu de la forêt. Elle voyait des herbes hautes, des campanules, des coquelicots, des papillons jaunes qui voletaient partout. Entendait le vacarme des oiseaux accueillant le jour neuf, même à travers les vitres. Tous ces mois d’enfer sous terre et la vie la plus simple, la plus belle était là si proche. Elle regarda la porte de la chambre, qui l’attirait irrésistiblement. La liberté était là aussi, juste derrière. Elle jeta un regard vers le lit. Il dormait toujours. Elle eut l’impression que son pouls entrait en zone rouge. Fis un pas, un deuxième, un troisième – contournant le lit et son boureau. La poignée de la porte tourna sans bruit. Elle n’en crut pas ses yeux. La porte s’ouvrit. »

« Il n’y a que la poésie pour dire l’incapacité de l’homme à appréhender le sens de notre passage sur cette Terre, dit-il. Et pourtant, si on lui donne le choix, l’humanité préférera toujours le football à Victor Hugo. »

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Le cercle, roman policier de Bernard Minier, XO éditions, Octobre 2012 —

 

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