L’embellie – Audur Ava Olafsdottir

embellie

Dans ce roman, l’auteure islandaise du magnifique Rosa Candida nous raconte une période singulière dans la vie d’une femme – la narratrice – dont l’existence est soudainement traversée par un événement mineur (selon elle) qui s’avèrera être le point de départ d’une véritable quête de soi, un voyage au coeur d’elle-même, une parenthèse enchantée.

La trentaine avancée, la jeune femme, traductrice, connait pas moins de onze langues. La communication, sa relation avec autrui, n’est pourtant pas son fort. Indépendante, elle gère son travail à domicile et effectue elle-même la livraison de ses productions. Mariée depuis quelques années, elle a toujours refusé d’avoir un enfant, persuadée de ne pas avoir la fibre maternelle. Elle apparaît dès les premières pages comme quelqu’un de détachée – attachée à rien plus précisément –, une femme plutôt solitaire vivant dans sa bulle, ni triste ni gaie, parfois fantasque, un peu lointaine. Sa vie coule ainsi, une ligne droite sans anicroche mais sans réjouissance non plus.

Et puis un jour, son mari lui révèle à brûle-pourpoint son infidélité et le nouveau rôle qu’il s’apprête à endosser ; celui de père. Si la surprise est là, la jeune femme demeure très calme et se rend compte qu’elle connaît bien mal cet homme qui a partagé un bout de sa vie.

Alors qu’elle se retrouve seule, paumée, voilà que plusieurs événements incroyables se succèdent ; elle gagne à la loterie par deux fois, et se voit confier la garde d’un enfant quatre ans, Tumi, presque sourd et malvoyant – le fils de sa meilleure amie, mère célibataire enceinte de jumelles, hospitalisée pour une durée incertaine –.

La jeune femme sent alors le besoin irrépressible de partir, de s’éloigner. Envie d’un nouvel élan. Commence alors un voyage à travers l’Islande. Au volant de sa voiture qu’elle a chargée pleinement, la narratrice et le petit garçon empruntent la fameuse route 1 – ou route circulaire – qui a la particularité de faire le tour de l’île noire. Ils doivent rejoindre le chalet d’été qu’elle a gagné.

C’est l’hiver. Le paysage est rude. Il fait froid, il pleut tous les jours. Les éléments se déchaînent sur leur passage. La nature se livre à eux : mer, falaises , fjords, geysers, baleines, phoques et autres oiseaux, glaciers, des hommes aussi… Toute un monde se révèle à eux. La jeune femme ne s’est jamais sentie aussi vivante. Et le duo improbable qu’elle forme avec Tumi fonctionne à merveille. Entre les réminescences du passé, les petits événements quotidien qui surgissent sur le trajet, ce petit être sur lequel il faut veiller, sa reflexion sur l’amour et sur sa vie en général, les manques et les débordements s’équilibrent. Cette femme découvre des sentiments et des émotions qu’elle ne soupçonnait pas.

Sur cette terre de glace, une femme a trouvé chaleur, lumière, humanité, liberté et douceur. La plume d’Audur Ava Olafsdottir souvent empreinte de drôlerie est belle, rayonnante et enjouée. On termine cette histoire avec le sourire aux lèvres. Et surprise à la fin du livre, quarante-sept recettes de cuisine et une recette de tricot !

« La vie à deux pour moi, c’est le « bon » corps et la bonne « odeur » ; le foyer n’étant que l’habitacle des corps de chair et non un lieu d’expression des conceptions de la vie et autres palabres. Après quoi, il faut quand même remplir la machine à laver et faire la cuisine pour donner au corps ce dont il a besoin. »

« Une fois dans son sac (de couchage), il veut parler tout bas, il a envie de chuchoter en confidence, mais sa voix reste caverneuse et sonore malgré son application. Sa main est trop petite aussi pour renfermer tous les messages du monde en paroles. En revanche, moi, j’ai trois livres dans la voiture pour tout apprendre et comprendre d’un enfant sourd. »

« C’est à ce moment précis que m’effleure l’idée que je suis une femme au milieu d’un motif finement tissé d’émotions et de temps, que bien des choses qui se produisent simultanément ont de l’importance pour ma vie, que les événements n’interviennent pas les uns après les autres, mais sur plusieurs plans simultanés de pensées, de rêves et de sentiments, qu’il y a un instant au coeur de l’instant. Bien plus tard seulement, la mémoire fera son tri et discernera un fil dans le chaos de ce qui a eu lieu. »

« Lorsqu’on occupe la maison d’un absent, qu’on dort dans son lit, mange dans son assiette, tripote ses livres en les ouvrant à l’occasion pour en lire un petit bout, une espèce de compréhension singulière se fait jour peu à peu, pas éloignée de l’affection. »

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L’embellie, roman d’Audur Ava Olafsdottir, Zulma, Août 2012 —

2 commentaires sur “L’embellie – Audur Ava Olafsdottir

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