Une seconde vie – Dermot Bolger

Unesecondevie

Un grave accident de voiture survient. Au volant Sean, la quarantaine, marié, père de deux enfants en bas-âge, photographe. Son coeur s’arrête durant quelques instants puis repart. Un laps de temps suffisamment long pour que l’homme voit la scène d’en haut : l’état de sa voiture, l’arrivée des secours et surtout son propre corps. Cette expérience de mort imminente va complètement bouleverser son existence.

Sean a été placé dans une famille d’adoption dès son plus jeune âge, ses parents, aujourd’hui disparus, lui ont donné beaucoup d’amour. Il n’éprouvait donc pas le désir de connaître son passé. Mais depuis son accident, les nuits de Sean sont emplies de rêves étranges. Des réminescences surgissent, incontrôlables, et un besoin viscéral de retrouver sa mère se fait sentir, inexorablement.

On suit donc la quête identitaire de Sean ; ses découvertes, ses questionnements intérieurs, ses petits instants de bonheur, son chagrin, sa colère, ses doutes, ses craintes… mais à trop chercher la vérité sur ses origines, il délaisse la famille que sa femme et lui ont construite.

L’auteur évoque avec réalisme et sensibilité la terrible condition des jeunes filles-mères en Irlande, condamnées par leur famille, l’Eglise catholique et l’Etat à entrer au couvent afin d’expier leur péché – celui d’avoir donner la vie sans être mariée. Quelques semaines après la naissance de leur enfant, on leur faisait signer un papier qui leur ôtait toute légitimité envers lui. Au nom de la morale, ces institutions ont sévi en Irlande de la fin du dix-neuvième siècle jusqu’à leur extinction en 1996. Le film de Peter Mullan, Magdalene Sisters aborde très bien ce sujet délicat.

Un roman intéressant pour les thèmes qu’il traite ; la difficulté à trouver sa place quand on est adopté, la révélation de la vérité qui n’est pas forcément source d’apaisement, la confusion des sentiments entre la vie qu’on s’est faite et celle d’avant, les décisions à prendre, la mise en lumière de ces jeunes femmes irlandaises cloîtrées, humiliées et séparées de leur enfant… en revanche, les nombreuses digressions et les intrusions  du fantastique – apparition de fantômes – n’apportent absolument rien à l’histoire. Elles ne font qu’alourdir le propos et entravent la lecture.

« Nous étions nombreuses. Nous étions jeunes et apeurées. On nous conseillait de ne pas nous servir de nos vrais noms, de nous en dire le moins possible les unes aux autres. On nous humiliait, et on nous faisait avoir honte de nous. Je me sens toujours coupable. J’ai quatre enfants, et pourtant je mourrai coupable. Vous pouvez essayer de retourner à l’agence. Il vous faudra peut-être les harceler pendant des années avant qu’ils vous disent quelque chose, mais qui sait ? La loi peut changer. Vous au moins – en tant qu’enfant – vous avez une chance. Nous, les mères, nous n’en avons aucune. Nous avons signé le formulaire dans l’enveloppe de papier marron, nous leur avons confié nos enfants et elles nous ont, ensuite, fermé la porte au nez. »

« Le problème, quand tu as été adopté, dis-je, c’est que tu peux être n’importe qui. Tu essayes des vies différentes pour voir si elles te vont. »

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Une seconde vie, roman de Dermot Bolger, Edition Joelle Losfeld, Janvier 2012 —

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