Reste l’été – Nicolas Le Golvan

restelete

C’est un rituel annuel, Greg, sa femme Mylène et leurs deux enfants Louis et Rose passent leurs vacances d’été sur l’île de Ré, dans leur maison de famille. Cette « cabane » comme l’appelle Greg appartenait à ses parents. Tout ses souvenirs y sont enfermés ; de sa petite enfance aux escapades amoureuses avec celle qui deviendra sa femme, les premiers pas de son fils sur le sable, l’arrivée de sa fille, les retrouvailles avec les amis, le sable, la mer, le farniente, les barbecues, les soirées arrosées et chaque année ça recommence…

Mais cette fois, une amertume s’empare de Greg ; un sentiment de lassitude – cette maison, son couple –, un bilan de vie – crise de la quarantaine –, le poids d’un passé, des interrogations qui remontent à la surface – son père a brutalement quitté femme et enfants et n’est jamais réapparu, Greg avait neuf ans, l’âge de son fils aujourd’hui –… et lui quel genre de père est-il ?

L’homme n’est plus qu’une ombre auprès de sa famille cet été-là : il observe ce qui l’entoure : sa femme étendue à ses côtés sur la plage, ses enfants qui courent dans les vagues, une femme portant une casquette blanche à visières qui ressemble étrangement à sa mère. Même lorsqu’on fête son anniversaire avec des amis, il ne réagit pas, il semble être en dehors de la vie.

Greg prend alors la décision de rester sur l’île seul. Femme et enfants partis, il peut enfin se laisser aller complètement à ses reflexions, à ses doutes, à ses angoisses. À vélo, à pieds, il parcourt l’île de long en large et fait ainsi défiler sa vie.

La parenthèse qu’il a imposé à sa famille doit se refermer, il est bien obligé de faire des choix et de les assumer. Ce qu’il fait. Mais, pendant ce temps à Paris, sa femme aussi a eu le temps de cogiter…

J’aurais aimé connaître les pensées de Mylène, avoir un autre point de vue. Du début à la fin, le lecteur est dans la tête de Greg et sa passivité a tendance parfois à lasser voire agacer. En revanche, l’écriture de Nicolas Golvan est ciselée. Il y a de la musicalité, des images et de la poésie dans ses mots. Un premier roman prometteur.

« Je me dis qu’on peut souffrir, on peut encaisser toutes les humiliations du monde, on peut mordre la poussière des villes, s’avilir aux queues des parcs d’attractions, se battre pour une place de cinéma (…) On peut inverser les pôles magnétiques, irrévocablement, on peut ne plus vraiment chercher à s’éviter, il y a ce mamelon qu’on a a surpris au reflet du miroir et tu as soudain tourné le dos, on peut désirer juste une fesse, la lèvre inférieure, objectivement (…) on peut ne jamais se céder le volant, on peut risquer l’endormissement, les bandes rugueuses, les arrêts d’urgences (…) cela n’importe pas tant, cela tient puisque tout s’enchantera une fois les pieds dans le sable. L’été. (…) Notre île est un sanctuaire et nous sommes cette île, parvenus au point zéro de nos vies : la mer. La mer où tout pourrait une nouvelle fois se relever : les murailles, les regards, le désir. »

« Il y avait des fois, comme dans un conte, où je collais mon front au sien, calée contre le mur de la cuisine, adossée, acculée, démunie. Mes mots entraient en elle ; je pouvais suivre leur course dans la fibrillation de ses paupières, leurs replis minuscules, la composition de son souffle et les variations retenues de la lumières à l’arête de son nez. Des mots purement charnels. Oui, nous avons eu parfois des instants de grâce. »

« J’avais passé toutes les premières années de l’éducation de Louis à m’appliquer. Je ne voulais pas manquer le rendez-vous des pères. Un monde à inventer pour moi. Chaque parole que nous avions échangée ensemble me délestait d’un poids immense. À chaque âge de sa petite vie, ma victoire. C’était certain, je deviendrais un jour ce père léger mais nécessaire, liseur d’histoires, colleur d’images, gratteur de croûtes, veilleur de nuits. Je m’étais inventé une figure d’album à découper, un père à la colle forte. »

premierroman

challengeQuatreSaisonsGrand

Reste l’été, roman de Nicolas Le Golvan, Flammarion, Août 2012 —

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s