Avenue des Géants – Marc Dugain

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Clairement inspiré par une histoire vraie – celle d’Edmund Kemper, tueur en série américain – Marc Dugain crée un être de papier très ressemblant, Al Kenner ; doté d’un physique singulier (près de 2 mètres 20 à l’âge adulte) d’une intelligence particulièrement élevée et d’une personnalité infiniment complexe. En désignant Al Kenner comme narrateur de sa propre existence, l’auteur nous permet d’accéder aux pensées les plus profondes du serial killer. Ce « je » a ainsi un effet réaliste incroyable donnant au récit une gravité stupéfiante.

L’homme a vieilli. Emprisonné à vie, il est devenu lecteur pour aveugles, activité où il excelle. Mais l’écriture de sa propre histoire le passionne davantage. Dugain utilise donc le procédé du Flash-back pour raconter le parcours de cet homme. D’ une façon cinématographique très efficace, on apprend à connaître Al Kenner ; les tourments de son enfance, le rôle jouée par sa mère, la figuration de son père, son adolescence volée, ses premiers meurtres, la prison, l’hôpital psychiatrique, sa réhabilitation et ce qu’il advient après… une immersion totale dans la tête de ce tueur pour tenter de comprendre l’inimaginable, l’origine et les mécanismes psychiques qui peuvent conduire un homme à donner la mort sans relâche, sans sentiment et sans remords.

Quelques mots sur Kenner : détesté par sa mère, une femme psychologiquement fragile, fréquemment alcoolisée, qui terrifie même son mari, Al a sa chambre à la cave, tout contre la chaudière dont le bruit et les flammes l’horrifient. Condamné à subir la haine de sa mère et l’indifférence de son père, le petit garçon commet un geste fatal aux yeux de sa génitrice en décapitant le chat adoré de celle-ci. Elle se débarrasse alors immédiatement de lui en le confiant à ses grands-parents paternels. Pour son anniversaire, ceux-ci lui offrent une Winchester, pour tuer les lapins…

Le vendredi 22 novembre 1963 Al Kenner utilise cette arme, de sang froid, pour tirer sur sa grand-mère puis sur son grand-père, il vient d’avoir quinze ans… ce jour-là, un certain Oswald assassine le président des Etats-unis John Fitzgerald Kennedy.

Un roman qui se lit comme un thriller, une histoire vraie d’une froideur implacable avec pour toile de fond une Amérique tourmentée entre la Guerre du Vietnam, l’émergence du mouvement hippie et les premiers effets de la société de consommation. Passionnant, redoutable et inquiétant.

« L’enfer n’est jamais loin du paradis, mais les gens ne veulent pas le savoir, ils dorment comme si une bonne étoile veillait sur eux. Ils passent leur temps à se construire des enclos pour les chèvres naines qu’ils sont. Ils amassent, collectionnent, le regard fixé sur la pointe de leurs chaussures. Ils ne leur vient jamais à l’idée de se demander ce qu’ils fichent là. »

« Ne le prenez pas pour vous, je n’ai jamais aimé personne. Je ne peux pas affirmer que je ne connais pas ce sentiment mais je n’ai fait que l’effleurer. J’en ai éprouvé sa possible force, comme si un frémissement me parcourait, suivi d’une tendresse insondable qui ne venait pas du fond de moi mais de plus loin encore. Aimer à n’en plus pouvoir désirer (…) Mais ce que je vous décris là, je n’ai jamais pu l’éprouver longtemps. J’ai été battu chaque fois. »

« Cela pose la question de savoir jusqu’où on peut aller dans la réalité. La fiction c’est la réalité. Pourquoi les gens liraient-ils si le roman ne les ramenait pas vers la vraie vie ? Mais si on use de trop de réalité dans la fiction, on s’en éloigne car la réalité n’est pas la réalité. C’est l’histoire de la poule et de l’oeuf. »

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Avenue des Géants, roman de Marc Dugain, Gallimard, Avril 2012 —

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2 réflexions sur “Avenue des Géants – Marc Dugain

  1. Bonsoir, en effet, le fait que Dugain se mette dans « la peau » du tueur donne un effet saisissant. On arriverait presque à avoir de l’empathie pour Kenner. Cela ne plaît pas forcément à tout le monde. Pour ma part, c’est un roman que j’ai lu vu avec plaisir. Bonne soirée.

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