Ici ça va – Thomas Vinau

Icicava

Tel un peintre impressionniste, Thomas Vinau pose ses mots par touches successives, avec poésie. Il y a du relief, de la matière, de la consistance. Les figures de style se déroulent les unes après les autres, des champs lexicaux aux synesthésies, des métaphores aux personnifications… car si l’auteur esquisse son histoire comme un tableau, il est surtout poète et cela se sent. La brièveté des phrases saisit l’instant. La sensation du moment. Le parfum. La vision. Le goût. La caresse. Le coup. Le chant. Le décor et l’atmosphère s’offrent ainsi à nous naturellement. Tout nous semble familier et accessible. Nous pénétrons alors littéralement dans l’ouvrage de l’écrivain-peintre-poète avec plaisir.

Le narrateur et sa femme Ema emménagent dans une maison à la campagne. Mais le choix de ce logis n’est pas anodin, intimement lié au passé, à l’enfance du narrateur. Cet endroit et ce qu’il s’y est passé avaient, semble-t-il, été soigneusement mis en sommeil par le narrateur. La perte d’un père. Un vide qui se crée. Puis un manque. Quelque chose à combler. Une envie de comprendre.

En s’installant ici, il décide de partir à la recherche de souvenirs, d’une époque, pour se réveiller et entrevoir enfin l’avenir. Pour cela, le jeune couple a quitté sa vie citadine grise et bruyante et compte profiter de chaque moment qui passe. Re-construire le foyer, donner des bases solides, à l’aide de piliers fiables… La chose n’est pas aisée et le temps est nécessaire.

L’amour, l’observation et les manifestations de la nature, le rapprochement d’un frère, une musique, un jardin, une petite fille qui parle un langage différent, une rivière, une canne à pêche… une vie tout autour, du mouvement, de la couleur, des perceptions, des émotions, et des réminescences. Un très beau roman.

« Le matin nous entendons les moineaux, les mésanges et les sansonnets dans leur HLM végétale. Parfois un tracteur ou une cloche. Un aboiement au loin. Un avion dans le ciel. Et le petit rire frais de l’eau. Pas plus. C’est parfait. J’ai détaillé un peu le matériel de pêche dans la cabane. Je n’ai qu’un lointain souvenir de tout cela. Comment monter une ligne. L’espace entre les plombs. La place du bouchon. L’hameçon. J’ai aimé retrouver ce geste de mordre le fil de nylon avec le plomb entre les dents pour l’accrocher. Quelque chose de mon enfance est revenu dans ce geste. Quelque chose de mon passé. Pas un souvenir, pas un visage, mais quelque chose. Une vibration de la lumière sur l’eau. Une odeur de vase mentholée. Un goût de métal dans la bouche. L’affection sous une vieille casquette à carreaux. Quelque chose de ce genre. »

«  Je me méfie. J’ai toujours peur que ça ne dure pas. Dès qu’il y a un moment de bonheur, de paix, je me répète que ça ne durera pas. Que le temps est un menteur. Qu’avoir quelque chose c’est commencer à le perdre. C’est comme cela que je fonctionne. C’est ce que la vie m’a appris. Si tôt. La perte. Le peu de fois où je l’ai oublié, le boomerang m’est revenu dans les dents. (…) La confiance ne se déclame pas. Il faut l’apprendre. Tout doucement. Il faut que quelqu’un d’autre vous l’apprenne. À grands coups de demains et de câlins. »

Ici ça va, roman de Thomas Vinau, Alma Editeur, Août 2012 —

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