Les affligés – Chris Womersley

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Le roman s’ouvre sur un effroyable drame : Quinn Walker, adolescent de seize ans, est découvert – par son père et son oncle – la main ensanglantée tenant un couteau. Dans la lugubre remise où il se trouve, le corps de Sarah sa jeune soeur, git à ses pieds, sans vie. Nous sommes au début du vingtième siècle, en Australie. Quinn comprend très vite que la fuite est son seul salut. Sa famille l’accusera forcément de ce crime horrible ; le jeune homme et sa soeur entretenaient une relation si fusionnelle, si complice. Leur amour fraternel était mal perçu par la plupart des gens, qui le trouvaient malsain.

Innocent mais coupable aux yeux de tous, Quinn se sauve dans les collines environnantes. Il se cache par peur, par honte de ce qui lui est injustement reproché, mais surtout par chagrin pour cette soeur tant aimée qu’il n’a pas su protéger. Le pire pour sa conscience, c’est qu’il connaît les assassins…

Tel un enfant sauvage, il (sur)vivra dans la forêt plusieurs mois jusqu’au jour où il embarquera pour l’Europe. Enrôlé dans la première guerre mondiale, il connaîtra les affres de celle-ci, meurtrière. Les combats. Les tranchées. La douleur. Les gaz. Il survivra pourtant. Quinn semble indestructible, la mort ne veut pas de lui, il doit vivre… pour rétablir la vérité, pour se venger… son destin est ailleurs.

Il retourne en Australie. Cassé physiquement et moralement, il revient dans son pays dix ans après l’avoir fui. Tout le territoire est en quarantaine, la grippe espagnole sévit, les gens se cloîtrent chez eux, tout n’est que désolation. Quinn, défiguré, épuisé, hanté par les horreurs de la guerre, arpente ce pays qu’il ne reconnaît presque plus et tente de rejoindre le village de son enfance.

Sa rencontre avec une fillette orpheline, Sadie, – allégorie de sa soeur –, déterminée, mystérieuse, futée, sera déterminante. Cette dernière éclairera l’existence de Quinn, le poussera dans ses retranchements. Galvanisé par Sadie, il se transcendera. Un roman magnifique, tantôt onirique, tantôt réaliste, parfois à la lisière du fantastique, qui prend ses racines dans les ténèbres pour s’élever vers une lumière aveuglante.

« C’était étrange, cette solitude. Pendant la guerre, il avait été habitué à la promiscuité, aux odeurs des autres hommes et à leurs bouffées d’angoisse. Il y avait comme une fraternité dans la terreur, quand ils étaient blottis dans les tranchées, collant le front aux parois, attendant le bombardement ou les coups de feu. Il ne craignait pas la mort. Il avait eu plus que sa part d’infortune, et, tandis que les autres priaient pour rester en vie, son propre souhait – être délivré de tout ceci. »

« Il se sentit respirer, mais de l’intérieur. Le moite mouvement de soufflet de ses poumons usés. Il délogea un éclat de bois dans le plancher. Par terre, devant lui, une fourmi zigzaguait. Voir que cette créature si minuscule était pourvue d’une ombre l’émerveilla. Comme il tripotait le bout pointu, son pouce finit par en être écorché. Deux gouttes de sang gonflèrent et éclatèrent. Vivre. Quel truc étonnant. Vivre en ces temps de guerre, c’était être chargé, sinon par l’électricité, par la violence et la pitié – par tout ce dont les hommes étaient capables. »

« La guerre, avait-il découvert, gâchait vos cinq sens : s’il fermait les yeux pour ne plus voir les cadavres ensanglantés et les arbres déchiquetés, il entendait encore les armes et les hurlements s’il se bouchait les oreilles, il sentait encore la terre trembler ; l’odeur du gaz imprégnait ses narines ; tout ce qu’il touchait était humide ou sanglant. Même dans son sommeil, il rêvait d’éclairs, de vêtements déchirés, de grommellements. Cela n’en finissait pas. »

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