Voyage en France – Henry James

PFR@PDI@P01@Voyage.jpg

Ce récit est une vraie invitation au voyage, une douce promenade à travers la France. Henry James a effectué son « Little tour » dans notre pays en 1877 durant six semaines. Grand connaisseur de l’Italie, la France à qui il trouvait des similitudes l’intriguait beaucoup. Et comme il était fréquent à l’époque pour les écrivains-touristes (Stendhal, Mérimée, Flaubert entre autres), Henry James notait ses impressions sur un petit carnet à chaque visite. Le récit sur son voyage en France sera publié pour la première fois en 1884 dans The Atlantic Journal.

L’auteur débute son « circuit touristique » à Tours et sillonnera ainsi une quinzaine de villes et de lieux qui méritent le détour dont Blois, Chambord, Chenonceaux, Bourges, Le Mans, Nantes, La Rochelle, Poitiers, Toulouse, Carcassonne, Montpellier, Le pont du Gard, Tarascon, Arles, Avignon, Orange, Bourg-en-Bresse, Beaune et terminera sa route dans la capitale bourguignonne Dijon.

Henry James ne se contente pas de décrire les cités, châteaux et autres monuments, il pose un regard juste et sensible sur ce qu’il voit. De la beauté des paysages à la dureté des batailles anciennes, en passant par des images pittoresques de femmes aux lavoirs et de paysans aux labeurs des champs, il propose au lecteur ses reflexions et ses humeurs. Il aime observer les petites choses, les détails que personne ne voit, une ruelle singulière, un rayon de soleil frappant une pierre ou un jardin. Evidemment, l’ouvrage est parsemé de références historiques mais offre aussi un éclairage intéressant sur l’époque dudit voyage – la vie quotidienne dans les campagnes à la fin du dix-neuvième siècle –.

Le tourisme de masse n’existait pas encore, ce qui fait que le regard d’un écrivain , étranger de surcroît, est d’autant plus précieux. Et les yeux de l’auteur américain nous apparaissent ici d’une grande bonté. Il aime les gens. Il aime les regarder « évoluer » dans leur pays, observer leurs activités et leurs habitudes. Il s’intéressent aux hommes et aux femmes autant qu’au décor environnant, semblant rechercher une certaine harmonie, un équilibre entre eux et le milieu dans lequel ils vivent. Un voyage délicieux.

« Toutefois, si vous suivez cette rue jusqu’au bout, vous rencontrez à profusion ces détails qui font la beauté ordinaire d’un village français : petits bassins ou réservoirs sur le rebord desquels des femmes agenouillées frappent et battent un paquet de linge trempé ; vieilles femmes dont le visage bruni fait paraître éblouissant le bonnet de nuit (dont elles se couvrent pendant la journée) ; ruelles qui trouent l’épaisseur d’une rangée de maisonnettes et qui laissent fugitivement apercevoir, en arrière, l’éclat vert d’un jardin. »

«  Il n’y a d’ailleurs en France aucune branche de l’activité humaine où l’on ne risque pas de trouver une femme. De fait, les femmes ne sont pas prêtres, mais les prêtres sont, plus ou moins, femmes. On dira peut-être qu’on ne les trouve pas dans l’armée : quelle importance, l’armée c’est elles. Elles sont redoutables. En France, il faut compter avec les femmes. »

« Les personnages que je viens de citer n’ont pas l’identité flou qui afflige les personnages historiques ; ils sont réels, suprêmement réels, car ils sont les fils du grand Balzac qui leur a fabriqué une réalité artificielle infiniment supérieur à la réalité vulgaire, comme la soupe de tortue fantaisie l’est au liquide qu’elle imite. »

« L’herbe était parsemée de petites pierres blanches et quelques oliviers bas y poussaient. L’après-midi était d’un jaune éclatant. Je m’assis dans l’herbe, sous un des petits arbres, dont les branches n’étaient guère loin de ma tête, et je me reposai en regardant Avignon de l’autre côté du Rhône. C’était très doux, très tranquille et très agréable, bien que je ne sois pas certain que ce fût tout ce que je me serais attendu à trouver dans une semblable combinaison d’éléments : le mur d’une vieille cité comme toile de fond, un baldaquin d’oliviers et, comme couche, la terre provençale. »

challengebelleepoque

Voyage en France, récit de voyage d‘Henry James, Pavillon Poche, Juin 2012, Première publication en 1884 —

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s