Les débutantes – J. Courtney Sullivan

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Quatre jeunes filles se rencontrent sur le campus universitaire de Smith, célèbre école féminine privée américaine (dans le Massachussets). D’illustres femmes ont suivi leurs études ici comme Sylvia Plath, bouleversante auteure et poétesse, et Gloria Steinem, journaliste féministe. Smith est l’un des sept établissements féminins que compte les Etats-Unis, créés pour promouvoir l’éducation des femmes ( regroupement ayant pour nom Les sept soeurs).

Celia, Sally, April et Bree logent dans la même résidence. De contrées et de niveaux sociaux différents, elles entament pourtant rapidement une amitié sincère. Chacune est arrivée là avec ses raisons et ses envies, mais toutes sont motivées pour réussir dans leur spécialité. Célia est une jeune femme plutôt équilibrée entourée par une famille aimante, la littérature l’attire, son souhait le plus cher est de devenir écrivain. Sally est fragilisée par le décès récent de sa mère, épreuve qu’elle a évidemment beaucoup de mal à surmonter. Elle étudie la biologie avec l’ambition de travailler dans la recherche scientifique. Bree est une beauté du sud, elle attire les regards de tous. Elle vit très difficilement la distance qui la sépare de son fiancé. Etre avocate est son rêve. Quant à April, rien ne l’effraie, féministe convaincue, elle a des idées plein la tête et aspire à changer le monde.

On suit le parcours universitaire de ces quatre étudiantes : au travail intellectuel s’ajoutent fêtes, histoires d’amour, discussions à bâtons rompus sur le quotidien et l’ avenir, joies et peines, désirs et déceptions… Puis, c’est l’heure de la remise des diplômes, il leur faut quitter cet endroit qu’elles affectionnent tant, entrer dans la vraie vie, chercher du travail, trouver l’âme soeur… car si les fondations sont posées, leur existence respective ne fait que commencer.

On partage alors leurs premiers pas professionnels et amoureux. Un mariage, un bébé, une rupture familiale, des amours contrariés, des luttes et des revendications… chacune se heurte à des difficultés d’ordres différents. Une dispute éclate et c’est l’éloignement. Mais, quand l’une d’entre elle disparaît, le clan se reforme, plus fort que jamais, indestructible.

Un très joli roman d’initiation où les sentiments profonds liés à l’amitié sont évoqués avec justesse. On est vite happé par les existences parfois chaotiques de ces jeunes femmes, on s’attache à elles, on se retrouve en elles. Tantôt drôle, souvent émouvant, parfois dramatique, ce roman est passionnant aussi pour son regard sur la société américaine et sur la place accordée à la femme aujourd’ hui.

« A l’époque, elles disposaient de quantités de temps suffisantes pour pouvoir stocker dans leur mémoire les habitudes quotidiennes, les chansons préférées, les peines de coeur et les plus belles journées des unes et des autres. C’était un peu comme être amoureuse, mais avec en moins le poids d’avoir à choisir un seul coeur auquel se rattacher et la crainte de le perdre. Elles avaient passé tellement de soirées ensemble sous le porche de la résidence King, avec le monde qui s’étalaient à leurs pieds. Peut-être que c’était impossible de reproduire ce genre de proximité dans la vraie vie. »

« On ne fait pas toujours les choses que nos parents voudraient que nous fassions, mais c’est une erreur de leur part s’ils ne sont pas capables de trouver une façon de nous aimer quand même. »

« (…) une anthropologue féministe (…) leur parla de ses recherches sur le viol dans le règne animal. D’après elle, il existait une forme de viol dans presque toutes les espèces, à part chez les bonobos, un groupe primates similaires aux chimpanzés. A un moment donné, les femelles bonobos décidèrent qu’elles n’allaient plus tolérer les violences sexuelles. Aussi, lorsqu’un mâle attaquait l’une d’entres elles, cette dernière émettait un son pour attirer l’attention sur elle. Les autres femelles bonobos arrêtaient ce qu’elles étaient en train de faire, se ruaient en direction du bruit et, toutes ensemble, elles dépeçaient le coupable. (…) Pourquoi est-ce que les femmes ne se comportaient pas plus comme cela? »

« A Smith, elles avaient toutes essayé de se materner. Mais ce qui, à une époque, était une inquiétude sincère s’était transformé en quelque chose d’abject ; elles ne pouvaient désormais s’empêcher de juger, de comparer. Evidemment, c’était vrai pour toutes les femmes, mères et filles compris. Quelle fille ne se servait pas de sa mère pour sonder ses propres souhaits ou ses craintes ? Quelle mère pouvait regarder sa jeune fille sans désirer retrouver sa propre jeunesse, sa liberté perdue? »

« – Toute femme a besoin d’un jardin secret, dit sa mère en souriant, puis son regard croisa celui de Sally dans le miroir du rétroviseur. Rappelle-toi de cela quand tu auras mon âge, ma chérie, parce que le monde est ainsi fait que la vie des femmes devient l’affaire de tous ; il faut se faire un petit coin juste à soi. »

« Elle espérait qu’elle n’était pas en train de faire mourir de froid sa fille. Une fois que cette petite viendrait au monde, Sally savait qu’elle vivrait dans la terreur constante de la blesser ou de la perdre, d’une manière ou d’une autre. Elle ne pouvait pas imaginer son enfant plus en sécurité que là, en boule, au fond de son ventre, mais même ça, c’était terrifiant. »

Les débutantes, roman de J. Courtney Sullivan, Rue Fromentin, Mai 2012 —

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