Sacrée Marie! – Astrid Eliard

SacreeMarie

Marie et son époux Cornélius posent leurs bagages en pleine campagne, fuyant la vie trépidante d’une ville bruyante. C’est avec enthousiasme qu’ils prennent possession d’une vieille bâtisse à Vivanon, une bourgade de quelques âmes. Cornélius, médecin de son état, compte bien installer son cabinet, et faire pousser une multitude de plantes afin de satisfaire à sa spécialité d’herboriste. Il se voit déjà guérir les habitants voisins de tous leurs maux. Quant à Marie, elle rayonne. Enceinte de son premier enfant, elle imagine un avenir merveilleux auprès de sa famille, et se donne pour mission d’être au petit soin pour chacun, pleinement. Dès son arrivée au village, elle fait la connaissance de jeunes mères avec qui elle lie une amitié. Elle a tout pour être heureuse, Marie !

Le tableau semble idéal mais si l’on gratte un peu sous le glacis, une réalité toute autre se dévoile. Le temps passe, l’enfant naît mais le cabinet de consultation de Cornélius n’a, lui, toujours pas vu le jour, ce dernier s’avère être un personnage égocentrique et méprisant envers sa femme qu’il déprécie quotidiennement. Pour l’occuper, il lui confie la tâche ingrate de copiste – Marie passe des heures à recopier sur des flacons le nom de plantes médicinales. Leur fils qui voue une admiration sans borne à son père ignore sa mère, rejetant avec défiance toute marque de tendresse venant d’elle.

La lumineuse Marie n’est désormais plus qu’une ombre. Terriblement déçue par la maternité et le comportement de Cornélius, elle ne sort presque plus. Seule évasion, la voix de Corinne, une femme qui lui livre les enseignements de la bible par téléphone. Et puis, il y a Emilie, la chatte qu’elle a recueillie. Marie s’adresse à l’animal comme à un être humain – la fille qu’elle n’a pas eu peut-être -. Bon an, mal an, la jeune femme poursuit une existence qui ne lui convient pas, jusqu’au jour où elle comprend ce qu’elle doit faire. Partir.

J’ai aimé cette femme incroyable, à fois forte et fragile, rêveuse, douce, aimable, mais si peu sûre d’elle. Elle déborde d’amour Marie ! Mais, elle n’en reçoit jamais. L’auteure a esquissé là un très joli portrait de femme. Ce roman est poétique, fantaisiste, fantastique, biblique, comique aussi parfois. La nature y est sublimée. Et la grâcieuse Marie ne se laissera pas dicter les lois, elle finira par les enfreindre et c’est très bien.

« On ne pouvait  pas bavarder ? Se raconter un petit morceau de nos vies ? (…) Mon dieu comme les gens devaient être seuls pour refuser le moindre dialogue, ils étaient soi-disant pressés, n’avaient pas le temps… Elle avait tout son temps, et justement il ne lui avait jamais semblé si long, si lent, si interminablement calme, voluptueux et reposant que depuis sa grossesse, un peu comme de très très grandes vacances. »

« Dieu qu’elle avait hâte ! Sa vie commencerait, alors. Et elle serait heureuse. Non pas qu’elle se sentit malheureuse, oh non, Cornélius prenait soin d’elle, mais un peu vide, inutile… peut-être ? Sa vie, elle voulait dire sa vraie vie, allait enfin commencer, dans quelques jours. Marie était née pour enfanter (…).»

« Certains matins, juste avant le réveil de son fils, Marie s’accroupissait au bord du lit, et passait la main dans ses cheveux, si doux, si noirs, indiens, c’était une sorte de pélerinage sur les lieux de son tout premier baiser de mère. Elle sentait alors son corps se figer dans l’empreinte de l’amour perdu, ce creux un peu froid qu’avait laissé en l’abandonnant l’instinct animal, la tendresse évidente, absolue, de la louve pour son petit. »

« C’était l’heure du réveil. Pas pour les hommes, non, pas encore, mais pour la campagne, pour les bruyères empoussiérées et les cupressus auxquels le matin restituerait bientôt leur forme d’arbre. Des gouttes de rosée avaient été semées sur les orties, le long des herbes folles, qui ployaient sous leur poids. Elles naissaient à la surface velue des liserons, des chardons. Des fourmis escaladeuses s’amusaient à les percer, les rendant à l’état horizontal de flaques. Ça éclaboussait leur carapace lustrée, sans les perturber, ni les dévier de leurs acrobaties. Comme chaque jour, à la même heure… Sauf que la rosée n’était pas pure et transparente comme à son habitude, mais rosée, un peu rouge même. (…) c’était comme si la nature s’était mise à saigner. »

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Sacrée Marie!, roman d’Astrid Eliard, Mercure de France, Avril 2012 —

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