Derrière la haine – Barbara Abel

Derrierela-haine

Au détour d’une rue, dans un quartier sans problème, une grande maison mitoyenne se dresse fièrement ; deux couples de jeunes gens, s’appréciant beaucoup, y résident. Mais, être l’ami de son voisin est-il si aisé ? Car celui-ci finalement est toujours là, juste à côté. Un savant dosage est nécessaire pour que chacun ait une existence plaisante : conserver son intimité, partager des moments agréables, se soutenir dans des instants difficiles, savoir s’effacer… Un proverbe chinois dit : « Aimez votre voisin mais ne supprimez pas votre clôture. » Nous voici en plein dans le sujet de ce roman.

Seule une haie sépare Laetitia et David Brunelle de Tiphaine et Sylvain Geniot. Les jeunes couples se ressemblent, ont des idées identiques, rêvent de fonder une famille… et c’est naturellement qu’ils deviennent amis. Deux petits garçons voient le jour presque simultanément : Max Geniot et Milo Brunelle. Evidemment, ces naissances amplifient l’amitié des parents et les enfants grandissent ensemble dans une apparente harmonie.

La petite vie plutôt lisse et tranquille de ces deux familles va pourtant être tragiquement bousculée par un accident, un drame effroyable. Les vrais personnalités de chacun, leur passé, leurs travers vont alors se révéler. L’amitié laisse place à la suspicion. Ils observent et guettent le moindre faux pas de l’autre. La légère cloison qui séparait jadis les voisins-amis est devenue bien lourde.

Difficile d’en dire davantage, un thriller sans mystère n’a pas lieu d’être. Disons seulement qu’il s’agit d’un roman où l’aspect psychologique tient une place importante, que l’angoisse monte crescendo au fil des pages, que le doute plane sur chaque protagoniste, et que le lecteur est savamment enveloppé par l’intrigue nageant dans une confusion de sentiments… seul bémol, la fin, trop prévisible.

« – Je ne sais pas si c’est une bonne idée (…) Cet accès direct d’un jardin à l’autre. – Pourquoi cela ne serait pas une bonne idée ? – Ce qui fait que notre amitié fonctionne, c’est justement qu’on soit chacun chez soi. On ne marche pas sur les plates-bandes des autres, on ne s’envahit pas. Quand on sonne chez vous, si vous n’avez pas envie d’ouvrir, vous n’ouvrez pas. Pareil pour nous. Et c’est très bien comme ça. »

« Laetitia se sentit soudain mal à l’aise. Comme illégale. Pas à sa place. Clandestine. Elle entendait les conversations, percevait les moments à travers la haie, témoin involontaire d’une intimité à laquelle elle n’était pas conviée. « Je suis chez moi! » murmura-t-elle afin de se convaincre qu’elle ne faisait rien de mal. Sa position pourtant lui semblait incongrue et, d’instinct, elle se leva silencieusement avant de rentrer chez elle sur la pointe des pieds. Comme pour ne pas trahir sa présence. »

« L’attente repris, égrainant les secondes dans un cortège de sensations, le fol espoir côtoyant la plus impitoyable des terreurs. Quand la certitude d’être à l’abri du malheur se fendille inexorablement, comme un éclat qui entraîne des fissures à l’âme que l’on tente de colmater, parce que ce genre de choses n’arrive qu’aux autres… »

« A croire que les dimanches ont été inventés pour que les couples se disputent. Les couples avec enfants, bien sûr. Avant, quand il n’y avait pas de gosses, le dimanche était le jour de la couette, réveil à midi, petit déj’ à 13 heures, puis retour au lit pour une partie de jambes en l’air. »

Derrière la haine, thriller de Barbara Abel, Fleuve noir, Avril 2012 —

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