Je trouverai ce que tu aimes – Louise Doughty

jetrouverai

Ce qui arrive dans la vie de Laura Needham est la chose que tout à chacun redoute lorsqu’il devient parent : perdre son enfant. Comment peut-on imaginer survivre à la mort de son fils ou de sa fille ? Pourtant, il faut bien continuer sa route, pour ses proches, pour que justice soit faite, être là malgré la perte, malgré l’innommable, ne pas fuir, ne pas se retourner, avancer. Tout cela est facile à dire mais quelle serait notre réaction face à une situation pareille ? L’état de notre esprit et de notre corps ? Colère ? Désir de vengeance ? Désespoir ? Culpabilité ? Envie de mourir?

La fille de Laura, Betty, a neuf ans quand elle se fait mortellement renverser par un chauffard. D’abord effondrée, la mère est très vite hantée par des sentiments confus et contradictoires, jusqu’à ce qu’une pensée l’obsède jour et nuit ; retrouver l’assassin de sa fille. Le mettre dans la même posture, lui arracher ce qu’il aime le plus au monde afin qu’il ressente aussi cette effroyable douleur.

Cette tragédie fait remonter à la surface des souvenirs pénibles chez Laura ; le décès de son père, la maladie de sa mère, le divorce avec David le père de ses enfants, la nouvelle femme de ce dernier. Par flashback, le lecteur découvre alors sa vie d’avant. Ce procédé permet de comprendre les réactions de Laura dans le présent, cela affine sa personnalité, le fonctionnement de sa pensée, mais alourdit incontestablement l’histoire. Certains passages – comme la rencontre avec David – n’apportent pas grand chose au récit.

D’autres moments – après l’accident – sont en revanche très crédibles, comme le regard des gens posé sur Laura, empli de pitié pour les uns, fuyant pour d’autres (de peur que la détresse soit contagieuse). L’épreuve vécue par Laura l’a rendue dure avec elle même et avec les personnes qui l’entourent. Le chagrin, l’injustice, l’inconcevable emmènent cette femme dans des contrées jusqu’alors inconnues pour elle, proche de la folie.

On lit ce roman comme un thriller, au rythme des pensées et des attitudes de cette mère, parfois choquantes. Je ne sais pas si cela est dû au thème abordé, à certaines scènes difficiles ou à la froideur de Laura qui empêche toute empathie, mais je sors de cette lecture avec une impression en demi-teinte, une sensation de malaise.

« Je me penche vers l’imprimante pour attraper la feuille de papier A4 sur laquelle on voit la photo de l’homme qui a tué ma fille. (…) Je suis calme, et je me fais une promesse : Je trouverai ce que tu aimes, je finirai par le découvrir et je te l’arracherai. »

« Hormis rester seule chez moi, tout me coûte trop d’efforts, me vide, me laisse me débattre avec ce qui m’étreint depuis que ma fille a été tuée. Tuée. Par quelqu’un. Elle n’est pas morte comme ça. Elle ne s’est pas évanouie dans la nature, dissoute dans un nuage de fumée. C’était un être humain complet, elle était ma vie, et quelqu’un est arrivé en voiture et l’a tuée. »

« Betty, tu n’avais que neuf ans. Tu étais ni mon alliée, ni mon ange, ni mon amie. Tu étais une enfant. Mon boulot était de veiller sur ta sécurité. J’ai échoué. »

« Nous avons l’impression que nos vies sont linéaires, avec un début, un milieu et une fin bien nets. Depuis que nous avons l’âge d’appréhender la notion d’ordre, nous désirons que les événements se déroulent dans un ordre parfait et rationnel. Nous naissons, nous grandissons, avec un peu de chance nous avons des enfants. Les enfants renforcent la linéarité de notre vie grâce à la ligne droite de la leur. Ils se contentent de grandir, ce qu’ils font très bien. Nous vieillissons ; nous atteignons la fin de notre existence. Tout cela nous satisfait quels que soient les petits succès ou échecs que nous obtenons en chemin. Cette ligne inexorable, c’est le temps. Le jour où Betty a cessé d’exister, la ligne s’est dissoute, la vie est devenue un point fixe. Tout ce qui est arrivé avant et après tourne autour de ce point. »

— Je trouverai ce que tu aimes, roman de Louise Doughty, Belfond, Février 2012 —

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