Du côté d’elles – Denis Riguelle

Ducoted-elles

C’est en flânant du côté de la maison d’édition Quadrature que j’ai découvert cet ouvrage de Denis Riguelle, et la quatrième de couverture a grandement attisé ma curiosité : « Lorsque l’on va du côté de, on va dans une direction. C’est à cela que vous invite l’auteur : cheminer vers douze d’entre elles, vers douze femmes qui ont donné leur nom à chacune de ses nouvelles. Une simple approche. A pas comptés. Dans une trajectoire qui ne se veut pas linéaire (…) ».

L’auteur esquisse ainsi dans ce recueil des portraits de femmes, l’idée est originale et la forme, intéressante. Rien d’extraordinaire dans la vie de ces femmes, elles sont au contraire au prise avec le quotidien, dans la vraie vie, sans fard. Pas de fioriture dans l’écriture de Riguelle, il parvient à retranscrire des instants précis, du point de vue des femmes, avec justesse.

Il capte leurs envies, leurs besoins, leurs déceptions, leurs attentes, leurs désirs, leurs angoisses. Ce sont des femmes qui nous ressemblent; elles travaillent, elles élèvent leurs enfants, en couple, célibataires, divorcées, heureuses, tristes, jalouses… Et dans la plupart des nouvelles, elles arrivent à un moment charnière de leur existence, un moment où les choses basculent, où un choix s’impose.

Si les hommes sont en arrière-plan et pas toujours à la hauteur, Denis Riguelle montre à quel point ils sont faillibles. Pas de jugement homme-femme dans ce recueil, seulement de l’observation et de la constatation, mais rien n’est figé, tout peut changer, à chaque instant.

Voici un recueil agréable à lire, avec une réflexion plutôt fidèle à la réalité des femmes d’aujourd’hui.

Les nouvelles sont, selon moi, de qualité inégale (j’ai très vite perdu le fil de l’histoire d’Anna), et certaines femmes manquent d’épaisseur mais j’ai aimé les nouvelles de Latifa, Lucie, Elisabeth, Gaëlle et Arabelle. Il est compliqué de résumer des nouvelles aussi courtes sans en dévoiler la trame alors je préfère vous laisser avec les mots de l’auteur.

« Lucie écrit. Lucie publie. Moi, j’ai du mal avec les mots. Mes mains parlent, mon corps aussi m’a-t-elle dit, mais les adjectifs par exemple m’échappent : ils précisent, atténuent, nuancent… On dit de moi que je suis tout d’une masse. Lucie : « Tu es monolithique. » » (Lucie)

« Elle disait la maison, pas ma maison. Cela l’avait souvent marquée, ces possessifs, une habitude d’homme, affirmait-elle : « Je vais dans mon atelier, je me retire dans ma bibliothèque… » On lui rétorquait que beaucoup de femmes disaient : «  ma cuisine » ; je n’en suis pas si sure », renvoyait-elle systématiquement. » (Elisabeth)

« La force du point, pense Marc Tienard levant les yeux de son cahier vers la photo encadrée posée sur la table. J’étais sur cette plage, non loin d’Alice lorsqu’elle a pris la photo, continua-t-il à écrire. Je devais ricaner doucement avec cette bouteille de mauvais alcool à la main. La force du point : finir la phrase, mettre un point, puis écrire « sobre ». » (Latifa)

« Louise Marin ne dort pas. (…) Elle s’assied dans un fauteuil du salon. Elle sait qu’elle ne dormira pas. Elle est emplie d’une tristesse qui la submerge, irrémédiable, effroyable par son ampleur, la tristesse que sa fille lui ait échappé, qu’elle vive ces quelques jours un moment important de son existence sur lequel elle, sa mère, n’a aucune prise. Louise Marin pleure. Nous ne pouvons rien pour elle. »

Du côté d’elles, recueil de nouvelles de Denis Riguelle, Quadrature, Février 2012 —

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