La couleur des sentiments – Kathryn Stockett

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Un jour, Rosa Parks refuse de céder sa place à un homme blanc dans un bus. Nous sommes aux Etats-Unis en 1955. La jeune femme se fait immédiatement arrêter par la police qui lui inflige une amende. Un pasteur nommé Martin Luther King luttera à ses côtés contre cette loi absurde ségrégationniste en appelant au boycott de la compagnie de bus en question. Rosa Parks et Martin Luther King entrent ainsi dans la lumière et deviennent de véritables icônes dans le mouvement des droits civiques.

Kathryn Stockett évoque dans son roman la ségrégation raciale durant les années soixante dans une ville du sud des Etats-Unis ; Jackson dans le Mississipi. Si les bus accueillent désormais tout le monde sans distinction de race, de nombreuses discriminations perdurent. Si on plonge dans une époque aujourd’hui révolue ( quoi que…), cette société à deux vitesses fait froid dans le dos : hôpitaux, écoles, bibliothèques, parcs, autant de lieux où blancs et noirs ne doivent absolument pas se cotôyer. L’homme noir est sale et porteur de maladie. L’homme blanc est propre et sain. Mais, Kathryn Stockett a réussi un tour de force en n’usant pas de manichéisme.

Les familles blanches natives du sud et aisées emploient depuis des générations des domestiques noires. Ces dernières élèvent leurs enfants et s’occupent de leur maison. La bonne noire est loin de « faire partie de la famille », elle subit affront et humiliation en permanence – comme l’interdiction d’utiliser les toilettes du foyer – . Les poings serrés, elle obéit pour conserver son travail, à n’importe quelle condition.

Les personnages mis en scène par l’auteure sont magistralement dessinés, elle leur donne la parole à tour de rôle : Aibileen tout d’abord ; quarante années de service dans des familles blanches, d’une grande humanité, on sent un amour débordant pour les enfants dont elle a la charge, la mort de son fils l’a traumatisée à jamais mais la vie continue et elle s’accroche à elle fortement pour ne pas sombrer. Minny, bonne également, est plus insolente – on l’a renvoyée de nombreuses fois –, mère d’une famille nombreuse et enceinte, son ivrogne de mari lève régulièrement la main sur elle mais elle supporte en silence. Eugénia est quant à elle une jeune femme blanche – ses parent sont propriétaires d’une plantation de coton –, ses études terminées elle rêve de devenir journaliste, à la recherche de Constantine, la bonne noire qui l’a élevée, elle a l’idée d’écrire un livre sur la condition des domestiques noires. Mais pour mener à bien son projet il lui faut l’aide de ces dernières. Ces femmes vont donc prendre la parole et livrer leurs expériences. Malgré l’angoisse qui les assaille, elle uniront leurs voix pour témoigner, en rêvant de bousculer un peu les choses établies. Un magnifique premier roman aux personnages inoubliables et aux sentiments multiples.

« Je revois Baby Girl en train de prendre une fessée à cause de moi. Je la revois en train d’écouter Miss Leefolt lui dire que je suis sale, que j’ai des maladies. Le bus file dans State Street. On passe le pont Woodrow Wilson et je serre toujours les mâchoires à m’en casser les dents. Je sens cette mauvaise graine qui me pousse à l’intérieur, celle qui s’est plantée après que Treelore soit mort. J’ai envie de crier assez fort pour que Baby Girl m’entende, de crier que sale, c’est pas une couleur, que les maladies, c’est pas les Noirs. Je voudrais empêcher que le moment arrive – comme il arrive dans la vie de tout enfant blanc – où elle va se mettre à penser que les Noirs sont moins bien que les Blancs. »

« Je suis revenue à la maison ce matin-là, après qu’on m’a renvoyée, et je suis restée dehors avec mes chaussures de travail toutes neuves. Les chaussures qui avaient coûté autant à ma mère qu’un mois d’électricité. C’est à ce moment-là, je crois, que j’ai compris ce qu’était la honte, et la couleur qu’elle avait. La honte n’est pas noire, comme la saleté, comme je l’avais toujours cru. La honte a la couleur de l’uniforme blanc tout neuf quand votre mère a passé une nuit à repasser pour gagner de quoi vous l’acheter et que vous le lui rapportez sans une tache, sans une trace de travail. »

« Je plonge dans ses beaux yeux bruns et elle regarde dans les miens. Seigneur, ce regard, on dirait qu’elle a déjà vécu cent ans. Et je vous jure que je vois, tout au fond, la femme qu’elle sera. L’avenir, l’espace d’une seconde. Elle est grande et droite. Elle est fière. Elle est mieux coiffée. Et elle se rappelle les mots que j’ai mis dans sa tête. Comme on se rappelle quand on est une adulte. Alors elle le dit, juste comme il le fallait : « Tu es gentille, tu es intelligente. Tu es importante. » – Oh mon Dieu… Je serre son petit corps contre moi. J’ai l’impression qu’elle vient de me faire un cadeau. « Merci Baby Girl ». »

coeur

— La couleur des sentiments, premier roman de Kathryn Stockett, Editions Jacqueline Chambon,

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