Un été sans les hommes – Siri Hustvedt

unetesansleshommes

A partir d’un thème classique de la littérature, Siri Hustvedt embarque le lecteur, qu’elle interpelle d’ailleurs à maintes reprises, dans un singulier voyage sur La femme, à différentes périodes de son existence. Poétesse de son état, Mia est abandonnée par son neuroscientifique de mari, Boris, lui préférant une femme plus jeune. Après une conséquente dépression, elle décide de quitter New York et de passer l’été dans le Minnesota – lieu de son enfance – auprès de sa mère.

Cet été-là ne sera pas de tout repos : Mia utilise ce temps pour mener tambour battant une longue réflexion qui débute sur sa vie avec en toile de fond l’infidélité, la vie de couple et son usure, et qui s’étend très vite sur à notions plus philosophiques ; la jeunesse, la vieillesse, la mort, la sexualité, le désir, l’esprit, la place de la femme dans la société d’hier et d’aujourd’hui, la féminité, le féminisme, les mythes, les histoires ancestrales, les caricatures, la réalité, les dissimulations, les différences hommes-femmes…

Dès son arrivée, Mia monte un atelier de poésie composé de jeunes filles d’une douzaine d’années, ce qui la confronte avec l’adolescence, période ô combien déroutante et déstabilisante faite de transformations physiques, psychiques et physiologiques pas toujours simples à gérer. Les demoiselles, que Mia surnomme Les sorcières, s’observent, se jalousent, rivalisent, s’inventent des histoires : cherchent leur place. On saisit ici, à travers les portraits de ces adolescentes, la complexité à devenir une femme…

Parallèlement à cette occupation, la poétesse partage de longs moments avec sa mère et son cercle d’amies, qu’elle surnomme Les cygnes. Toutes octogénaires, elles étonnent et impressionnent Mia par leur vigueur, leur petit grain de fantaisie, leur intelligence et leur lucidité.

Elle fait également la connaissance de Lola, jeune mère de deux enfants, dont une petite fille – qui aime se déguiser, pose beaucoup de questions souvent pertinentes, et qui est tour à tour insouciante et grave –. Mia et Lola deviennent amie, cette dernière étant fréquemment délaissée par son mari, qui s’emporte facilement.

Si les hommes ne sont pas physiquement présents dans le roman, il en est évidemment beaucoup question : Mia évoque sans cesse Boris – sa fille, comédienne à New York, lui transmet des informations avec régularité au sujet de sa maîtresse, avec l’envie profonde de réunir ses parents –, les veuves parlent de leur mari disparu avec nostalgie, quant aux adolescentes elles y pensent plus qu’elles n’en parlent…

Ce roman est évidemment très intéressant pour les idées qu’il véhicule et le style de l’auteure est enlevée, mais les nombreuses références littéraires et psychologiques ne sont pas toujours très compréhensibles. On a parfois l’impression que l’auteure place le récit au second plan. Cela reste tout de même un très bon moment de lecture.

« Il est impossible de deviner l’issue d’une histoire pendant qu’on la vit ; elle est informe, procession rudimentaire de mots et de choses et, soyons francs : on ne récupère jamais ce qui fut. »

« Les bibliothèques sont des usines à rêves érotiques. C’est la langueur qui les provoque. Le corps doit ajuster sa position – une jambe repliée, une paume sur laquelle on s’appuie, un dos que l’on étire – mais il ne va nulle part. C’est la lecture et le fait de lever les yeux de ce qu’on lit qui les provoquent ; la pensée quitte le livre et va errer sur une cuisse ou un coude, réels ou imaginaires. La pénombre des rayonnages les provoque en suggérant ce qui est caché. L’odeur sèche du papier et des reliures et, fort possiblement, l’odeur de vieille colle les provoquent. »

« On éprouve une tristesse mélancolique à la fin de la fertilité, une nostalgie, non d’un retour aux jours où l’on saignait, mais la nostalgie de la répétition pour elle même, de la régularité du rythme mensuel, de l’invisible attraction de la Lune en personne, à qui l’on a un jour appartenu : Diane, Ishtar, Mardoll, Artémis, Luna, Albion, Galatée – croissance et décroissance – vierge, mère, vieille. »

« Ce n’est pas qu’il n’existe pas de différence entre hommes et femmes ; c’est : quelle différence fait cette différence, et quel cadre nous choisissons de lui donner. »

« Si un homme ouvre un roman, il aime avoir sur la couverture un nom masculin ; cela a quelque chose de rassurant. On ne sait jamais ce qui pourrait arriver à cet appareil génital externe si l’on s’immergeait dans des faits et gestes concoctés par quelqu’un qui a le sien à l’intérieur. »

« Etre l’autre, c’est la danse de l’imagination. Nous ne sommes rien sans elle. Crie-le ! Secoue-toi, frappe les talons, bondis. »

challengeQuatreSaisonsGrand

Un été sans les hommes, roman de Siri Hustvedt, Actes Sud, 2011 —

Un commentaire sur “Un été sans les hommes – Siri Hustvedt

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s