Les vitamines du bonheur – Raymond Carver

Lesvitamines

On est bien loin de l’American Dream avec ce recueil de Carver. Au contraire, l’auteur brosse au fil de douze nouvelles le tableau de la réalité sociale de l’américain moyen, à la fin des années soixante-dix. Il dessine de nombreux portraits d’hommes et de femmes enlisés dans des existences râtées et pathétiques, des gens ordinaires qui vivent tant bien que mal avec leurs galères.

Dans Les vitamines du bonheur, les couples se déchirent, le chomâge sévit, l’alcool détruit, pendant que le poste de télévision envoie ses images du matin au soir. De futilités en bassesses, d’égoïsme en désespoir, chacun transporte sur son dos sa petite vie médiocre parsemée de minuscule moment de bonheur dans une grande tristesse.

Les personnages de Carver n’ont aucune aspiration, aucune attente particulière. Leur vie est plate, sans désir et sans issue. L’atmosphère créée par l’auteur met souvent mal à l’aise, ses phrases sont simples et souvent percutantes. Il manie l’absurde avec habileté, oscillant entre la dérision et l’ironie. Il parvient pourtant à émouvoir le lecteur en distillant dans certaines nouvelles de la compassion pour ses personnages.

Quelques mots sur les douzes histoires, douze points de vue différents de la condition humaine selon Carver :

  • Plumes

    Un dîner chez un couple nanti d’un affreux bébé, d’un paon et d’un étrange moulage de dents…

  • La maison du chef

    Un ancien alcoolique est contraint de quitter la maison dans laquelle il avait retrouvé la sérénité avec sa femme…

  • Conservation

    Un type vient de perdre son boulot quand son frigidaire tombe en panne…

  • Le compartiment

    Un homme divorcé décide finalement de ne pas revoir son fils qui l’attend sur un quai de gare…

  • C’est pas grand chose mais ça fait du bien

    Un petit garçon vient de mourir, ses parents se consolent auprès d’un pâtissier…

  • Les vitamines du bonheur

    Une jeune femme tente de gagner sa vie en vendant des vitamines à domicile…

  • Attention

    Un homme a quitté le foyer conjugal, sa femme lui rend visite dans son nouvel appartement, alors qu’il a une oreille bouchée…

  • Là d’où je t’appelle

    Un groupe d’alcooliques dans un centre de désintoxication…

  • Le train

    Une femme attend son train dans une salle d’attente, un révolver dans son sac…

  • Fièvre

    Un père de famille abandonné par sa femme s’occupe de ses enfants jusqu’au jour où une nourrice vient les garder…

  • La bride

    Ruinée, une famille vit quelques semaines dans un motel, l’homme dépense son argent dans les courses de chevaux…

  • Cathédale

    Un couple pris dans la routine reçoit la visite d’un aveugle – ami de la femme – quand ce dernier dessine une cathédrale…

« J’étais content de la tournure que prenaient les choses, dit-il. J’avais tout ce que je désirais. J’avais une femme et des gosses que j’aimais, et je faisais un métier qui me plaisait. Mais pour une raison quelconque – qui sait pourquoi nous faisons ce que nous faisons ? – voilà qu’il se mit à boire de plus en plus. »

« –  Jack London avait une grande maison de l’autre côté de cette vallée. Juste derrière cette colline verte que vous regardez en ce moment. Mais l’alcool l’a tué. Que ça vous serve de leçon. Il valait mieux que n’importe lequel d’entre nous. Mais il n’arrivait pas à se maîtriser non plus.(…) Les gars, si vous avez envie de lire quelque chose pendant votre séjour ici, lisez donc son bouquin L’appel de la forêt. (…)

J.P secoue la tête, puis dit :

— Jack London. Quel nom ! Je voudrais avoir un nom comme ça, à la place du mien. »

« Après le départ d’Eileen pour la Californie, Carlyle avait passé toutes les minutes du premier mois avec ses enfants. Il pensait que c’était le choc du départ d’Eileen qui le faisait réagir comme ça, mais il ne voulait pas les perdre de vue une minute. Ça ne l’intéressait pas de sortir avec d’autres femmes, et pendant un moment, il pensa que ça ne l’intéresserait plus jamais. Il avait l’impression d’être en deuil. Il passait ses jours et ses nuits en compagnie de ses enfants. »

« Alors je sors les Grant de la caisse. Je les y remets, puis je les en ressors. Ces billets viennent du Minnesota. Qui sait où ils seront la semaine prochaine ? Ils pourraient être à Las Vegas. Tout ce que je sais sur Las Vegas, c’est ce que je vois à la télé – trois fois rien. J’imagine un de mes Grant atterrissant à Waikiki Beach, ou ailleurs. A Miami, New York, ou la Nouvelle Orléans. Je pense à un de ces billets passant de main en main pour Mardi Gras. Ils peuvent aller partout, et tout peut arriver à cause d’eux. J’écris mon nom à l’encre en travers du grand front de Grant : MARGE. En lettres d’imprimerie. Juste au-dessus de ses gros sourcils. Les gens s’arrêteront au milieu de leurs dépenses pour se demander : qui c’est cette Marge? »

Les vitamines du bonheur, recueil de nouvelles de Raymond Carver, Le livre de Poche, première publication en 1976 —

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2 réflexions sur “Les vitamines du bonheur – Raymond Carver

    1. Je n’ai lu que Les vitamines du bonheur de Carver, j’ai beaucoup aimé! Il a l’art de disséquer la condition humaine à travers des petites choses de la vie quotidienne.

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