Rouler – Christian Oster

Rouler

Un homme décide, par un matin d’été, de prendre sa voiture et de rouler. Pas de destination particulière, le sud peut-être, Marseille, pourquoi pas ? Rouler pour quitter, réfléchir, oublier, découvrir, fuir ? L’explication n’est pas vraiment posée.

Au volant de sa voiture, cet homme va traverser le pays, rencontrer des gens, se perdre, essayer de se retrouver, parler un peu, se taire, tenter de comprendre ce vide qui s’est fait en lui, chercher à le combler.

Les personnes qu’il rencontre semblent aussi perdus que lui. Ces gens ne l’intéressent pas outre mesure mais faire un bout de chemin avec eux enraye pour un temps sa solitude. Il finit par tomber par hasard, non loin de Marseille, sur un ancien camarade de classe avec lequel il n’avait absolument aucun lien amical. Pourtant, ce dernier l’invite dans son « château » transformé en chambres d’hôtes. Là, il se pose quelques jours.

De la lenteur, peu d’action, l’auteur a volontairement pris le parti de raconter l’ histoire sur ce mode, d’une platitude extrême. Le lecteur avance en même temps que le personnage-narrateur en suivant le cours de ses pensées.

La personnalité de Jean – on finit par connaître son prénom – se dessine doucement. Il ne prête aucune attention aux paysages qui s’offrent à lui mais regarde minutieusement des motifs sur une robe ; il apprécie le détail, la petite chose anodine est pour lui source d’observation et de réflexion. Une idée peut l’obséder aussi ; arpenter la ville de long en large pour trouver à tout prix une paire de mocassins, par exemple. Et, l’angoisse d’être seul le pousse à écouter sur le répondeur de son téléphone portable le message que lui a laissé sa conseillère bancaire…

J’ai lu des avis plutôt mitigés sur le roman de Christian Oster. En ce qui me concerne, j’ai aimé, même si j’avoue avoir ressentie certaines longueurs au fil de ma lecture.

« Besoin de personne, sans doute, mais de gens qui soient là, circulent, habitent le monde. »

« Une femme était assise à l’autre bout du banc, âgée, avec un sac sur ses genoux et des cheveux permanentés, et nous ne nous regardions pas, évidemment, nous avions chacun nos raisons de nous trouver sur ce banc et n’avions pas, visiblement, l’intention de nous ouvrir l’un à l’autre. Nous regardions les gens, les vitrines, mais surtout les gens, et j’ai pensé que je les regardais avec elle, qu’il n’y avait pas tellement de différences entre nous, finalement, excepté qu’elle était vieille, tandis que moi je n’étais pas encore vieux, mais que je m’y préparais, que ce n’était pas si loin que ça, que le petit mètre qui nous séparait sur ce banc n’était guère plus long que les années qui nous tenaient à distance l’un de l’autre, que j’aurais aussi bien pu la rejoindre dans le temps que ça ne modifierait pas excessivement les choses. Puis j’ai pensé que non, que j’étais vivant, que la vie en moi travaillait, en somme, travaillait encore et souterrainement, et que je la guettais, au sortir de son trou, mais qu’elle ne ressemblerait pas à ce que j’avais connu, que peut-être même c’était maintenant qu’elle surgissait, et qu’en effet je ne la reconnaissais pas. »

Rouler, roman de Christian Oster, Editions de l’Olivier, Août 2011 —

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