Les amandes amères – Laurence Cossé

Lesamandes

Laurence Cossé aborde ici un thème ô combien sensible. Maîtrisant pour la majorité d’entre nous l’écrit, on en vient à négliger son importance : il fait partie intégrante de notre vie, il est partout. Prendre un rendez-vous par téléphone, lire des horaires, faire un chèque, mettre un mot sur le carnet de notre enfant, lire un contrat, signer… autant de démarches quotidiennes qui nous paraissent si évidentes, qu’on les fait naturellement, sans réfléchir, avec automatisme. Et cela est tellement naturel que la société semble ignorer l’existence, certes rare mais présente, de la population d’ analphabètes en France.

Les personnes touchées par cette situation sont souvent issues de l’immigration, au déracinement qu’elles subissent déjà, s’ajoute une exclusion supplémentaire, violente : la barrière de l’écrit. Un analphabète n’a jamais appris à lire et à écrire. On peut alors imaginer son désarroi. L’auteure fait allusion à des centres d’apprentissages de la lecture et de l’écriture, mais ceux-ci sont davantages tournés vers les illétrés, qui ne maîtrisent pas l’écrit mais en connaissent les fondements.

Employée chez Edith et Gilles depuis peu, Fadila, une marocaine de soixante-cinq ans y effectue des tâches ménagères quelques heures par semaine. S’apercevant d’emblée de l’analphabétisme de Fadila, Edith – traductrice de métier, elle manie la langue avec facilité -, touchée par l’handicap de son employée, lui propose de l’aider à apprendre à lire et à écrire. On assiste alors à cet apprentissage lent et compliqué. D’une manière très technique, Laurence Cossé nous fait partager ces moments de labeur en décortiquant l’avancée de Fadila ponctuée par des petites victoires et des grandes défaites. En effet Edith se heurte à des difficultés insoupçonnées.

Une amitié sincère et respectueuse naît entre les deux femmes. Si l’on sait très peu de choses sur Edith, l’histoire de Fadila, ses origines, sa familles, son parcours de femme seule, de mère, d’immigrée sont racontés par touches, souvent bouleversantes. Comme dit l’auteure dans l’enregistrement ci-après, la vie de Fadila est un roman.

Ce livre bouscule, émeut, surprend et est terriblement riche d’enseignement.

« Il y a l’oeil, l’oreille, et aussi la bouche. On apprend par tous les côtés. Dire ce qu’on écrit est une façon de l’incorporer. »

« Confirmation qu’on n’enseigne rien à un enfant mais qu’on lui donne les moyens de s’enseigner. »

« Fadila connaît le haut et le bas dans l’espace réel. Elle distingue très bien ce qui se trouve sur la table et ce qui est dessous. Elle doit aussi différencier ce qui est sur le papier (le stylo posé sur la feuille) et ce qui est dessous (le bois de la table). Sans doute, au tableau noir, elle comprendrait « le point sur le i ». De là à distinguer sur une feuille à l’horizontale ce qui est au-dessus d’une ligne, il y a un abîme qui sépare le réel de la représentation, l’habitude de l’espace où l’on évolue et l’ignorance de ces figurations abstraites. »

Les amandes amères, roman de Laurence Cossé, Editions Gallimard, Juin 2011 —

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s