Rose – Tatiana de Rosnay

Rose

Paris, second empire, 19ème siècle. Epoque des grands travaux de rénovation de la capitale. Par soucis hygiénistes – les parisiens sont encore sous le choc de l’épidémie de choléra de 1932 – et pour faciliter la circulation de la population, l’empereur Napoléon III donne carte blanche au préfet Haussmann pour moderniser la ville, cette dernière ayant toujours ses petites rues lugubres et insalubres. Les destructions commencent alors au profit de grandes avenues.

Le tracé du boulevard Saint-Germain passe sur la rue Childéric, dans laquelle vit depuis des années Rose Cadoux, veuve Bazelet. La vieille dame, au fort tempérament, refuse catégoriquement de quitter la maison où Armand, son mari y résidait depuis sa naissance. Cette habitation est pour Rose le symbole de toute une vie de bonheur passée au côté de son époux, entachée pourtant par des pertes et des chagrins. Ses souvenirs sont figés dans sa mémoire comme dans ses murs. Et puis, elle aime son quartier, ses promenades régulières au parc du Luxembourg, ses voisins, les magasins – elle est propriétaire d’une librairie tenue par M. Zamaretti et d’une boutique de fleurs gérée par Alexandrine.

L’originalité de ce roman est que l’histoire de Rose nous est racontée par elle-même au travers de lettres qu’elle écrit à son mari disparu. En lui expliquant le grand chambardement de Paris, l’avancement des travaux et les différentes tentatives de sauvetage de la maison familiale, elle retrace son existence, ses joies, ses peines, ses rencontres, ses impressions, évoque le décès de leur enfant – le fils préféré – son désamour pour Violette, sa fille.

J’ai apprécié le récit épistolaire, la langueur des phrases, le côté surranné. En revanche, de nombreuses répétions (des redites sur certaines périodes de l’existence de Rose) sont lassantes. Le thème est passionnant et finalement trouve un écho dans la vie d’aujourd’hui (je pense aux expropriations).

En ce qui concerne Rose, je me suis demandée tout au long du roman pourquoi l’auteure avait rendue cette femme si froide envers sa fille et sa mère – mais chaleureuse avec son fils –. Je pense finalement que cela donne au personnage quelqu’un d’authentique. Rose n’est pas lisse, elle a du caractère, elle aime l’apparence, la beauté, son confort, elle a un côté très bourgeois. Ce n’est que dans les gravats, et l’imminence de la chûte de sa maison qu’elle se « réchauffera », en se rapprochant de la vendeuse de fleurs et du libraire, qui lui fera découvrir Emma Bovary et Les fleurs du mal… Cette lecture n’est pas inoubliable, mais assez agréable.

« Depuis quinze ans, je vous supporte. J’ai supporté vos travaux, votre avidité, votre entêtement. J’ai supporté la poussière, l’inconfort, les torrents de boue, les débris, les destructions et l’avènement d’un Paris clinquant et de mauvais goût qui incarne parfaitement la vulgarité de vos ambitions. (…) Aujourd’hui j’en ai assez. »

« Je peux les entendre remonter notre rue. Un grondement étrange, menaçant. Des chocs et des coups. Le sol qui frémit sous mes pieds. Et les cris, aussi. Des voix d’hommes, fortes, excités. Le hennissement des chevaux, les martèlement des sabots. (…) L’odeur d’une bataille. Des nuages de poussières suffocants. Une fumée âcre. Terre et gravats. »

« Vous êtes convaincu que le foyer d’une famille se résume à une somme d’argent. Pour vous, une maison n’est qu’une maison. Votre nom a lui seul est une ironie. Comment se peut-il que vous vous appeliez Haussmann ? En allemand, cela ne signifie-t-il pas « l’homme de la maison » ? »

Rose, roman de Tatiana de Rosnay, Heloise d’Hormesson, Janvier 2011 —

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