Feux d’été – Nuria Amat

Feuxdete

Vivement intéressée par les thèmes de ce roman que sont le conflit espagnol et la place de l’amour en temps de guerre, je suis malheureusement bien déçue. De plus, la quatrième de couverture annonçait une inspiration Tolstoïenne ; le titre original de Feux d’été étant Amor i Guerri – à rapprocher avec Guerre et Paix, je suppose –. Il se trouve justement que je suis en pleine lecture d’Anna Karenine, et je peux vous assurer qu’en aucun cas le souffle romanesque présent chez Tolstoï n’apparait dans le roman de Nuria Amat.

En revanche, la description de la guerre d’Espagne est saisissante de réalisme. Je rappelle brièvement que cette guerre civile a débuté en juillet 1936 pour se terminer en avril 1939 avec la mise en place de la dictature de Franco qui s’étendra jusqu’à sa mort en 1975. Ce conflit oppose les nationalistes et les républicains ( soutenus par les communistes, les socialistes et les anarchistes), une bien étrange union non sans discorde. C’est donc avec précision que Nuria Amat dresse le portrait de cette guerre, avec les différents clans, les stratégies mises en place, l’incursion dans son récit de personnages ayant réellement existés, la population terrorisée, la description de Barcelone sous les bombes, et toutes les horreurs infligées au peuple… le bémol à cela est qu’on est, selon moi plus proche d’un récit historique journalistique que d’un roman russe.

Car l’histoire d’amour n’est que survolé. Aucune empathie n’est possible avec les personnages. Ces derniers sont dessinés d’une façon bien maladroite et caricaturale qui tranche d’ailleurs avec la finesse des détails sur la guerre civile. Valentina, l’héroïne, une jeune anarchiste féministe tombe amoureuse d’Artur issu d’un milieu aisé qui nous est présenté comme un grand romantique – une bien pâle figure –. Celui-ci est prisonnier des geôles staliniennes et nous suivons donc Valentina dans ses pérégrinations pour voir son amant, les risques qu’elle prend, à travers elle on entrevoit quelque peu la vie quotidienne des femmes dans la tourmente et les moyens qu’elles avaient pour se battre et tenter de survivre. On suit également le parcours de la sœur d’Artur, Mercedes – éperdument amoureuse de Ramon Mercader, qui assassinera Trotski –, un amour en sens-unique, déplorable. Cette femme, plutôt ingénue, s’enrôlera tout de même sur le terrain en tant qu’infirmière. Je n’ai ressenti aucune sorte d’émotion quant à l’histoire d’amour entre Valentina et Artur, ceci est raconté sans relief aucun. Même le « méchant », Mercader, paraît fade. Il a un comportement odieux avec les femmes mais est complètement asservi à sa mère.

Peut-être attendais-je trop de ce roman ? Je répète tout de même que l’aspect historique est intéressant. Je connaissais mal cette guerre civile et sa portée, j’ai ainsi appris des choses, c’est indéniable, mais qu’on ne dise pas sur la quatrième de couverture que l’auteure s’est inspirée des chefs-d’ œuvres de Tolstoï !

« N’importe quelle personne d’apparence normale et de comportement honnête pouvait devenir en quelques minutes un criminel. Valentina lui avoua que les fusillades étaient quotidiennes, qu’on tirait pour un rien. Sans jugement préalable. Parce que. Pour se sentir important. »

« La stratégie de l’ennemi consistait à terroriser la population par des bombardements qui d’occasionnels devenaient systématiques, faisant sur leur passage des milliers de morts et de blessés. Les écoles, les hôpitaux, les usines étaient les cibles préférées des avions ennemis. Les bâtiments s’écroulaient dans un effrayant fracas de cris, de sang et de fumée.

Peur et ruines.

Barcelone fut surnommée « la ville des bombes ». »

« L’effort surhumain que représentait le désir de donner le jour à un enfant dans un monde où tous se savaient condamnés était probablement pure folie. Mais la vie est une ombre, elle laisse vivre et mourir jusqu’à ce que son spectre ou son délire apparaisse. »

« Ils moururent comme on les avait autorisés à vivre. Le mensonge à la bouche et la vérité inconfortable réduite à néant. »

challengeQuatreSaisonsGrand

Feux d’été, roman de Nuria Amat, Robert Laffont, Novembre 2011 —

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