Le club des incorrigibles optimistes – J-M Guenassia

lecluboptimistes

  Ce roman, le premier de l’auteur d’ailleurs, est surprenant à plusieurs titres : l’envergure du projet, l’empathie pour les personnages, les enchevêtrements de récits, la diversité des sujets traités, le romanesque côtoyant la matérialité, la politique, la famille, l’intégration… Un livre épatant qui présente les années soixante avec justesse et sincérité.

Nous sommes en 1958, le lecteur fait la connaissance de Michel, un jeune garçon de douze ans. Jusqu’en 1964, nous ne le lâcherons plus d’une semelle. A travers ses pérégrinations adolescentes, l’auteur dresse une véritable fresque de cette époque où se mêlent la guerre d’Algérie, le Rock ‘n roll, une famille de commerçants petits-bourgeois qui se disloque, la guerre froide, la littérature, la cinémathèque, le jardin du Luxembourg, la photographie, des réfugiés politiques, des secrets, des trahisons et de l’amour aussi.

Joueur de baby-foot invétéré, Michel fréquente régulièrement Le Balto, café parisien. L’arrière-salle renferme un club très fermé dont il osera pourtant franchir la porte : Le club des incorrigibles optimistes ! Là, il découvrira de nombreux personnages haut en couleur jouant aux échecs, des hommes exilés comme Tibor comédien hongrois, Léonid pilote de la guerre 1939-45, Igor médecin d’origine russe, Pavel, Imré, des écrivains comme Jean-Paul Sartre et Joseph Kessel, et Sacha que tous semble ignorer. Un secret pèse lourd dans l’existence de ce dernier. A la manière d’un puzzle, Michel reconstituera les pièces une à une pour faire jaillir la vérité.

L’Histoire rencontre l’histoire de chacun, les liens entre les protagonistes se font et se défont. Et )pendant ce temps, Michel grandit en faisant l’apprentissage de la vie à travers celle des autres. Les illusions de l’enfance se perdent dans les méandres de son adolescence avec une prise de conscience de la réalité au-delà des apparences, les prémices d’un amour impossible et l’éclatement de la cellule familiale. Un très grand roman !

« On ne raconte pas aux enfants ce qui s’est passé avant eux. D’abord ils sont trop petits pour comprendre, ensuite ils sont trop grands pour écouter, puis ils n’ont plus le temps, après c’est trop tard. C’est le propre de la vie de famille. On vit côte à côte comme si on se connaissait mais on ignore tous les uns des autres. »

« Leurs femmes, leurs enfants et leur pays étaient dans un coin de leur tête et de leur cœur. (…) Ici c’était la patrie des droits de l’homme, à condition qu’ils la ferment et ne soient pas trop exigeants. Ils n’avaient rien, ils n’étaient rien, ils étaient vivants. Chez eux, ça revenait comme un leitmotiv : « on est vivants et on est libres ». La différence entre nous et les autres, c’est qu’ils sont des vivants et nous des survivants. »

« Il y a dans la lecture quelque chose qui relève de l’irrationnel. Avant d’avoir lu, on devine tout de suite si on va aimer ou pas. On hume, on flaire le livre, on se demande si ça vaut la peine de passer du temps en sa compagnie. C’est l’alchimie invisible des signes tracés sur une feuille qui s’impriment dans notre cerveau. Un livre, c’est un être vivant. »

Le club des incorrigibles optimistes, roman de Jean-Michel Guenassia, Albin Michel, Août 2009 —

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