Eldorado – Laurent Gaudé

Eldorado

Deux histoires en parallèle, deux hommes de chaque côté de la barrière. En quête d’un avenir meilleur, Souleiman rêve d’un pays sans misère. Quant à Piracci, il doit tout mettre en œuvre pour barrer la route à tous les clandestins qui tentent le terrible voyage, faisant voler en éclats les images d’Eldorado qui emplissent leur tête.

Le commandant Salvatore Piracci est en charge de la surveillance des frontières maritimes italiennes. Il doit repérer les embarcations suspectes – regorgeant d’hommes, de femmes et d’enfants souvent abandonnés par les passeurs. Il lui arrive de sauver ces gens de la noyade, d’avoir pitié d’eux, d’être en colère…mais son métier est de les empêcher de passer, c’est ainsi qu’à chaque fois, il remet son « chargement » aux autorités. Pourtant, une femme va complètement bouleverser la vie de cet homme en levant le voile sur ses responsabilités, sa morale et sa raison d’être humain.

Souleiman envisage de tenter la grande odyssée qui le mènerait en Europe avec son frère Jamal. L’amour qui les unit renforce le courage de partir et apaise la douleur de quitter leur pays et leur famille. Mais, amputé très vite de son frère, Souleiman devra faire la route seul…Par deux fois, il croisera le chemin de Piracci.

Ce roman, tellement d’actualité, met en lumière ce que ressentent les clandestins ; les problèmes d’identité et d’origine, les attaches viscérales que tout homme a avec son pays, l’importance des traditions, des coutumes et superstitions, les désillusions, les souffrances, l’intégration … Gaudé ne joue pas sur la corde sensible avec le lecteur, il nous parle de ce fléau avec pudeur et avec une grande humanité.

« Et nos enfants, Jamal, nos enfants ne seront nés nulle part. Fils d’immigrés là où nous irons. Ignorant tout de leur pays. Leur vie aussi sera brûlée. Mais leurs enfants à eux seront saufs. Je le sais. C’est ainsi. Il faut trois générations. Les enfants de nos enfants naîtront là-bas chez eux. Ils auront l’appétit que nous leur avons transmis et l’habileté qui nous manquait. »

« Nous emmènerons la maison, nous emmènerons notre mère et la place de l’Indépendance, nous emmènerons les dattes et les vieux fauteuils de la voiture partout où nous irons. Tant que nous serons deux, la longue traîne de notre vie passée flottera dans notre dos. Tant que nous serons deux, tout sera bien. Partons, mon frère. Je te suis. »

« Combien de fois dans ta vie, Salvatore, as-tu vraiment demandé quelque chose à quelqu’un ? Nous n’osons plus. Nous espérons. Nous rêvons que ceux qui nous entourent devinent nos désirs, que ce ne soit même pas la peine de les exprimer. Nous nous taisons. Par pudeur. Par crainte. Par habitude. »

« Aucune frontière n’est facile à franchir. Il faut forcément abandonner quelque chose derrière soi. Nous avons cru pouvoir passer sans sentir la moindre difficulté, mais il faut s’arracher la peau pour quitter son pays(…). Aucune frontière ne vous laisse passer sereinement. Elles blessent toutes. »

Eldorado, roman de Laurent Gaudé, Actes Sud, Août 2006 —

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