Colette, un génie féminin – Julia Kristeva

Colettegeniefeminin

Je connais assez mal Colette. Alors, commencer mes déambulations à travers son œuvre avec cet essai m’a semblé pertinent pour appréhender la femme qu’elle était. Ce texte de Julia Kristeva n’est pas d’un abord facile – du moins en ce qui me concerne – , certaines analyses psychologiques ont échappé à ma compréhension, mais le visage de Colette a surgi tout de même parmi les mots.
J’ai découvert une femme obstinée et persévérante, dôtée d’une incroyable volonté. Aucun obstacle sur son chemin ne la décourage. Sans cesse, elle a ce désir de s’élever, d’aller au-delà.
De nature curieuse, elle tente de nouvelles expériences d’ordre professionnelle ; romancière, journaliste, collaboration à des projets musicaux. En quête des sens, elle explore également l’amour et ses affres.
En ce début de vingtième siècle, on dit qu’elle est volage et libertine. Mais les liens amoureux qu’elles tissent avec les hommes et les femmes tout au long de sa vie sont plus complexes qu’un simple libertinage semble-t-il. Colette est une femme libre. Ce qu’elle désire atteindre est ce que Kristeva nomme une liberté sensuelle, façonnant ainsi une nouvelle conception de l’amour, opérant une métamorphose dans les relations amoureuses.
L’image d’une femme indépendante lui colle à la peau d’où le glissement de génie féminin à féministe ; qu’elle ne cautionnait pas d’ailleurs.
Colette se veut libre, mais malgré elle, elle est entravée par l’attachement qu’elle a avec sa mère, par l’enivrement du sentiment amoureux, par ses origines paysannes et les roulements de « r » qui emplissent sa voix.
Etonnamment, elle semble complètement hermétique aux événements politiques et sociaux de l’époque. Les conflits armés ne l’intéressent pas outre mesure préférant les plaisirs de la vie, les lumières, l’apparence. La joie de vivre qu’elle préconise choque bon nombre de gens.
J’ai beaucoup aimé l’étude que fait Julia Kristeva d’un texte de l’écrivain : Les vrilles de la vigne. On prend la mesure de l’immense écriture de Colette, la musicalité de ses phrases, la puissance de ses mots, les différents degrés de lecture employés… L’image d’un rossignol chantant – l’écrivain qu’on admire – entravé par les vrilles, qui poussent qui poussent, de la vigne – symbolisant l’ivresse, l’extase, la volupté – .
Maintenant que j’en sais un peu plus sur la femme qu’elle était, la lecture de ses ouvrages s’annonce riche et agréable.

« C’est là toute Colette, une joie de vivre au-delà de la tristesse, un appétit de perception, une dévoration permanente des mots et des êtres, un génie français qui s’est approprié la langue de Sido, sa mère, et la musique de Couperin, Rameau et d’autres. »

« (…) je pense que l’homme autant que la femme sont capables de cette « jouissance autre » qui est sensuelle, non pas en deça mais à travers le sexe (…). A moins que cette jouissance autre – cette féminité, si elle est spécifique à certaines femmes – ne soit le secret de toute écriture, transversale au sexe et au langage, une jouissance inhumaine, cosmique, où la personne n’est d’aucun sexe parce qu’elle est de tous les sexes, ceux de toutes les plantes, de tous les animaux, de toutes les étoiles, de toutes les odeurs, de toutes les sensations. »

« Ni l’impératif de la reproduction de l’espèce, ni l’impératif de la stabilité sociale – garantis par le couple et garanties du couple – , ne guident la pensée de Colette. Seul demeure un constant souci d’affranchissement du sujet « femme », désireux d’atteindre la liberté sensuelle, afin de maintenir sa curiosité et sa créativité, non pas dans un couple, mais dans une pluralité de liens. »

Colette, un génie féminin, essai de Julia Kristeva, Editions de l’Aube, Août 2011–

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2 réflexions sur “Colette, un génie féminin – Julia Kristeva

  1. j ‘ai découvert Colette assez tardivement aussi et l’essai que vous évoquez me tente.Il y a un an je suis allée au musée de Granville où il y avait une exposition vraiment passionnante sur cette auteure .J’ai du y rester prés de 4 heures.J’ai appris là (pour la petite anecdote) qu’elle avait en plus de ses nombreuses activités ouvert un salon d’esthétique à Paris où elle officiait et vendait des produits de beauté marqués de son C

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