Dans la nuit brune – Agnès Desarthe

Danslanuit

 Jérôme mène une vie plutôt paisible, malgré une monotonie dont il s’accommode pourtant. Agent immobilier, célibataire, divorcé, il a la garde de sa fille, Marina. L’amoureux de la jeune femme meurt tragiquement des suites d’un accident de la route. Anéantie, désemparée, Marina erre dans la maison entourée de ses amis qui se relaient auprès d’elle.
Cet événement va bousculer la vie de son père en profondeur. Plongé dans un abattement total, il ne sait que faire du chagrin de sa fille. Sa confrontation avec la mort et le deuil le conduit dans un premier temps à des reflexions sur l’existence et l’entraine ensuite, inévitablement, sur le chemin de ses racines.
Enfant trouvé dans la forêt, par un couple qui finit par l’adopter, Jérôme a peu de souvenirs et de nombreuses zones d’ombre, la nuit brune, enveloppent ses véritables origines. Un curieux personnage va entrer dans sa vie, et le guider vers la vérité en sondant le passé (la rencontre de l’histoire et l’Histoire avec un grand H), mais est-ce vraiment le souhait de Jérôme ? Par ailleurs, une rencontre avec une anglaise fantasque, dont il tombe amoureux, va entrouvrir un passage vers un possible avenir.
Une jolie écriture, une incursion dans le conte – la magie de la forêt, lieu empli de mystère et de rêverie –, le lien filial, la puissance de l’invention – Jérôme se crée des souvenirs –, de l’amour, de l’amitié, de la tragédie…au final, on a un joli petit roman émouvant et pénétrant.

« Avant, pense-t-il, les gens ne me parlaient pas. (…) Serait-ce l’effet du chagrin ? Les endeuillés bénéficient-ils d’un statut particulier ? Comme si, parce que la mort nous a effleurés, nous avions quitté pour un moment l’univers commun, le monde des vivants. »

« C’est le problème avec les mots, songe Jérôme. Les gens sont terriblement bavards, sans parler des journaux et de la télévision. Partout, sans arrêt, des mots, des phrases, les mêmes phrases : « Je t’aime », « C’est génial », « C’est la vie ». Ne pourrait-on, un instant, revenir à une préhistoire du langage, à sa découverte, à son enfance, à l’époque où chaque vocable s’ancrait profondément dans ses racines, les traînait à sa suite, où l’on parlait si peu que chaque déclaration provoquait un effarement. »

« Ma mère a une voix très douce. Je fais tout ce qu’elle dit. Je m’occupe très bien d’elle. C’est facile pour moi, je n’ai qu’à l’écouter. Souvent, elle a froid. Parfois, elle pleure. Moi, je n’ai jamais froid et je ne pleure jamais. Je suis le plus fort du monde. J’invente cette histoire parce que je ne la connais pas. Elle est vraie, puisque je suis là, mais je ne m’en souviens pas. Je suis obligé de l’inventer, sinon, je n’existe pas. »

Dans la nuit brune, roman d’Agnès Desarthe, Editions de L’olivier, Août 2010 —

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