Tendre est la nuit – F. Scott Fitzgerald

Tendrenuit

L’auteur aurait emprunté le titre de son roman Tender is the night à un poème de John Keats ; Ode à un rossignol :

« (…) Avec toi, déjà ! Tendre est la nuit,
Et il se peut que sur son trône la Reine Lune
Se drape d’un essaim féérique d’étoiles ;
Pourtant ici nulle lumière,
Sinon ce qui nous vient des cieux avec les brises
Et court sur les chemins moussus, dans les ténèbres.(…) »

Le choix de ce titre par Fitzgerald est loin d’être anodin : les vers du poète sont empreints d’une grande mélancolie et d’un rude constat  : tout plaisir est fugace et la mort inexorable.
On fait la connaissance de Dick Diver, célèbre psychiatre américain sur la côte d’azur. Accompagné de sa femme Nicole, le temps est à l’oisiveté et à l’élégance. De promenades en bord de mer aux hôtels de luxe, l’argent est dépensé sans compter, les voitures sont clinquantes et les toilettes somptueuses…Voilà le tableau dépeint par l’auteur. Les années vingt, l’entre-deux-guerres qu’on appelle « les années folles » en France, des américains en goguette, les plaisirs de la vie, la jeunesse dorée… Dick apparaît au début du roman comme un héros romantique, un esthète. Il est séduisant, le sait et en joue. Entouré d’une bande d’amis, le couple semble beaucoup s’amuser. On suit donc, perplexe les aventures légères et superficielles des ces gens emplis de fatuité…jusqu’à ce que le vernis craque.
La fin de la première partie laisse entrevoir l’envers du décor  : une idylle avec une starlette, un incident mystérieux se terminant en duel et un cadavre découvert sous un lit…
Puis, c’est le flashback. Fitzgerald nous fait remonter le temps. On découvre alors que Nicole a été la patiente (atteinte de schizophrénie) de Dick Diver avant de devenir sa femme. Et là, plus de futilité, on entre de plein pied dans une réalité dure et complexe. Tendre est la nuit est l’histoire d’une désagrégation, une plongée (à noter que le mot anglais -diver- signifie plongeur), dans les profondeurs de la nature humaine.
L’amour de Dick pour sa femme la guérira de sa maladie. Soignée, elle le quittera pour un autre. La responsabilité que son mari aura endossée toute sa vie pour protéger Nicole aura raison de lui. Esseulé, sa jeunesse enfuie, éreinté, l’alcool sera sa nouvelle compagne.
Mise en abyme de l’ auteur qui se dédouble en prenant les traits de Dick et en abordant le thème de la schizophrénie, terrible mal dont souffre Zelda, la femme qui partage sa vie.
Un très bon roman avec un style indéniable et une écriture d’une grande finesse. Habilement et avec lenteur, Fitzgerald démasque le réel. L’adage « les apparences sont trompeuses » se vérifie ici ; les êtres se dévoilent et transparaissent, sans fard, quand se fissure le glacis.

« Suis-je donc pareil à tout le monde ? Se mettait-il à penser durant ses insomnies. Suis-je pareil aux autres ? Pauvres matériaux pour un socialiste, mais excellents pour ceux qui font en ce monde le travail le plus rare. La vérité, c’est que, depuis quelques mois, il s’adonnait à cette classification, à cet inventaire mental de la jeunesse où l’on décide s’il y a lieu de mourir, ou non, pour des choses à quoi l’on ne croit plus. »

« Il était épouvantable qu’une si belle tour ne demeurât pas érigée, droite, mais seulement suspendue, accrochée à lui.(…) Les hommes était faits pour cela, poutre et idée, solive et logarithme. Mais cependant Dick et Nicole étaient devenus un et égaux, non pas juxtaposés et complémentaires. Elle était Dick, la moelle de ses os. Il ne pouvait pas observer sa désagrégation sans y participer. Son intuition débordait de lui-même sous forme de tendresse et de compassion. »

« Pensez combien vous m’aimez, avait-elle murmuré. Je ne vous demanderai pas de m’aimer toujours comme cela, mais je vous demande d’en garder le souvenir. En moi, au fond de moi, il y aura toujours la personne que je suis ce soir… »

« On se presse, on se hâte, bien qu’il y ait amplement le temps. Le passé, le continent sont déjà laissés en arrière ; le futur, c’est l’ouverture béante dans le flanc du navire ; le bord du quai avec toute sa turbulence et sa confusion, c’est le présent. Une fois la passerelle franchie, la vision du monde s’ordonne, se rétrécit. »

Tendre est la nuit, roman de F. Scott Fitzgerald, Stock, 1961 (première parution en 1934) —

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