La grand-mère de Jade – Frédérique Deghelt

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Mamoune, petit nom affectueux donné par Jade à sa grand-mère est une mamie de quatre-vingts printemps. Veuve depuis quelques années, elle poursuit tant bien que mal sa vie campagnarde au rythme des tracas liés à la vieillesse. Un jour pourtant, les soucis deviennent plus graves. Elle devient pour sa famille un  problème, une charge, une énorme responsabilité… Ses filles ne voient alors qu’une seule issue : la mise en maison de retraite. Mais c’est sans compter sur Jade qui « enlève » sa grand-mère et l’emmène chez elle à Paris dans son appartement.

On assiste à la naissance d’une très jolie relation entre une grand-mère et sa petite fille. Le cœur de Jade est déjà remplie d’amour pour Mamoune, les souvenirs de son enfance auprès d’elle à la campagne ne cessent de remonter à la surface, avec un infini plaisir. Quant à cette grand-mère, elle découvre une jeune femme pleine d’entrain, faisant un métier intéressant, très à l’aise dans cette grande ville.

Les deux femmes vont commencer par s’apprivoiser pour se dévoiler enfin pleinement l’une à l’autre. Profondémment liées par une passion commune, la littérature, elles vont faire un bout de chemin ensemble, s’épauler, se conseiller, juqu’à former un petit duo bien solide, indéfectible.

Evidemment ce roman invite à une reflexion sur la vieillesse d’aujourd’hui, le regard qu’on porte sur nos parents, nos grand-parents, la culpabilité qu’on éprouve presque toujours à ne pas suffisamment bien s’occuper d’eux… de l’amour et de l’impuissance mêlés…

D’autres thèmes sont évoqués comme le parcours du combattant des jeunes auteurs pour être édités, l’évolution de la condition féminine durant le 20 ème siècle dans les campagnes et dans les villes, les sentiments amoureux des personnes âgées, les progrès techniques de ces dernières decennies – qui déstabilisent complètement les anciennes générations.

La lecture de ce roman est très agréable. Le lien entre Mamoune et Jade est si lumineux, elles semble tellement rayonnées de bonheur que la fin choisie par l’auteur m’a surprise et décontenancée. Mais je comprends ce choix qui est à l’image de la réalité, malheureusement.

« La vieillesse n’intéresse personne. Plus il y a de vieux, plus ils sont jeunes (…). Maintenant, on ne dit plus vieux, on dit troisième âge comme une quatrième dimension. On dit les octogénaires ou les octos, dernière coquetterie d’une race nouvelle que je trouve lâchement complice de ces fioritures verbales. Réussir sa vieillesse, c’est trouver une seconde jeunesse. Quel désarmant paradoxe ! Rajeunir ou disparaître voilà le choix ! »

« Les miroirs n’ont aucune importance quand on vit depuis très longtemps dans le regard amoureux d’un être que l’on connaît par cœur. La perte, c’est d’être brutalement placé devant cette glace qu’on a ignorée et qui semble renvoyer cet oubli de soi. On se métamorphose alors en quelques minutes, tel le portrait de Dorian Gray quand il retrouve son âge réel. Le résultat n’est pas toujours aussi laid, mais il existe un regard soudain sans complaisance qu’on porte sur soi-même, et dans lequel l’absence de l’autre ride ce visage qu’on a décidé d’examiner à la loupe. »

La grand-mère de Jade, roman de Frédérique Deghelt, Actes Sud —

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