Les rillettes de Proust – Thierry Maugenest

Rillettes

Voici un petit livre drôle, ludique et passionnant. Ce qui retient surtout l’attention, ce sont les nombreuses références littéraires connues et moins connues qui jalonnent l’ouvrage, puis on est vite stupéfait par l’érudition de l’auteur, son esprit parfois saugrenu et son impertinence.

L’ambition (à prendre au second degré, évidemment!) de Thierry Maugenest, à travers ce livre : donner au lecteur les clés pour devenir, selon son expression un Grantécrivain – clin d’oeil à tous les manuels (fiches-conseil) qui sont censés faire de vous un illustre écrivain en quelques leçons. Il passe ainsi en revue les différentes erreurs, maladresses et autres bévues dans lesquelles un jeune écrivaillon tombe souvent.

Une première partie regroupe les conseils concernant l’inspiration ( la description, l’autoplagiat…), le choix des mots ( le mot juste, les synonymes…), les perles et coquilles ( le pléonasme, le vieil art de l’écriture…), le jargon, la confusion et les embrouillamini ( parenthèses, traduction…), les singularités ( titres, dédicaces…), les lourdeurs de style ( adverbes, ponctuation…), les excès et records ( participe présent, incipit…), et les auteurs ( critique, doute…).
Dans la seconde partie, l’auteur fait travailler un peu le lecteur en lui proposant quelques exercices pratiques.
La lecture de ce petit livre est agréable voire jubilatoire ; on sourit beaucoup, on retrouve les mots d’auteurs qu’on aime, on en découvre d’autres, moins familiers et on a la confirmation qu’être écrivain est un travail de longue haleine.

« L’inspiration est enfin là ! Sachez toutefois que celle-ci n’est rien sans un travail acharné. Alors, brouillonnez, raturez, biffez, réécrivez, corrigez, effacez, recommencez, gommez et, suivant l’exemple ci-dessous, vous créerez peut-être l’une des phrases les plus célèbres de la littérature française ( extraits des brouillons de Marcel Proust conservés à la Bibliothèque nationale) :

Je fus comme ces dormeurs qui…
Il faisait nuit dans ma chambre.
Il faisait nuit noire dans ma chambre.
Depuis longtemps je ne dormais plus que le jour…
Autrefois, j’avais connu le bonheur de rester éveillé…
J’étais couché depuis une heure environ, le jour n’avait pas encore tracé cette ligne blanche…

Et enfin :

Longtemps, je me suis couché de bonne heure. »

« Relisez toujours vos épreuves et débarassez vos textes de surabondance de mots dont le sens est identique. Cependant, si après vos corrections certains pléonasmes vous ont échappé, consolez-vous en vous disant que cela arrive même aux plus grands, comme l’illustre ce petit florilège :

Pégase s’effarouche et recule en arrière ; (Boileau, Épître IV)

Montez là-haut. (Molière, L’école des femmes, II, 5)

Je suis d’un pas rêveur le sentier solitaire ;
J’aime à revoir encor, pour la dernière fois, (Lamartine, L’automne)

Il en coûte la vie et la tête à Pompée. (Corneille, La mort de Pompée, II,3)

Et, pour finir enfin par un trait de satire,
Un sot trouve toujours un plus sot qui l’admire. (Boileau, Art poétique, chant I)

« Afin de soigner son style, Léautaud conseillait de supprimer tous les mais, les en effet, les d’ailleurs et les cependant. Mais ces termes se retrouvent pourtant sous la plume des plus grands écrivains. En effet, Balzac usait de beaucoup de cependant, d’en effet et de pourtant, pourtant ses romans sont par ailleurs fort bien écrits. Mais Léautaud voulait dire cependant que le pourtant, le d’ailleurs ou l’en effet, pourtant utiles par ailleurs, sont en effet du plus mauvais effet lorsqu’un écrivain, pourtant prévenu, en abuse. D’ailleurs, ce ne sont pas ces termes mais l’usage excessif de ceux-ci qui alourdit en effet la prose. Vous ne devrez pourtant pas bannir pour autant tous les cependant, les mais ou les d’ailleurs, mais veiller cependant, comme le préconisait en effet Léautaud, à ne pas en abuser par ailleurs. »

— Les rillettes de Proust, de Thierry Maugenest, Collection Le goûts des mots, Points —

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