Ramsès au pays des points-virgules – Pierre Thiry

ramses
Un titre pour le moins surprenant, une ambiance loufoque, un auteur qui semble avoir pris beaucoup de plaisir à écrire, des personnages fantasques aux prénoms étonnants ( Sissi, Ramsès, Lord Cyclopp, Walton Watson, Charles Hockolmess), de l’humour, de l’imagination à revendre, des phrases plutôt bien tournées, des histoires dans l’histoire, des évocations de Boris Vian, Jean de La Fontaine, Lewis Caroll, ou encore Conan Doyle, des interactions avec le lecteur…mais quel est cet ovni littéraire ?

Décrire un tel livre n’est vraiment pas une chose aisée. Voici en quelques mots le début de l’histoire : un bouquiniste nommé Sigismond discute à batons rompus avec Alice, sa nièce. Cette dernière lui lance un défi impossible : retrouver le livre d’un certain Jérôme Boisseau (lequel n’existe évidemment pas). L’orgueil de l’oncle prenant vite le dessus, le voilà qui décide d’inventer de toute pièce le récit de Ramsès aux pays des points-virgules, soit-disant écrit par un certain Jérôme Boisseau…mais ses yeux se ferment et l’histoire continue…sous forme d’un conte aux nombreuses péripéties ; des lits qui volent, un chat doté de parole, des points-virgules au pouvoir surnaturel, le méchant seigneur du Château de Baskerville, des thons sous la lune…

Cette fiction s’adresse plutôt à un public jeune, mais l’adulte y trouve tout de même son compte, à travers les références littéraires que l’auteur glisse tout au long du récit. Personnellement j’ai beaucoup aimé le passage sur les points-virgules, et le travail de l’écrivain sur les mots, la ponctuation, la grammaire et la parodie. Je dois avouer avoir perdu le fil plusieurs fois, mélangeant les personnages et les situations ; il faut dire que le rythme est assez soutenu. On croise quelques maladresses, des répétions, des erreurs mais l’univers dans lequel nous embarque l’auteur est si étonnant qu’on les passe allègrement. Une très jolie découverte !

« Sur les trottoirs une foule de passants très sérieux portaient de gros cartables trop lourds, trop gris, trop tristes. A regarder leurs têtes on avait l’impression que la vie n’était faite que pour accumuler des provisions d’ennuis. Dans les rues des troupeaux de grosses automobiles occupées chacune par une seule personne, progressaient centimètre par centimètre avant de s’immobiliser de longs instants. Leur progression était infiniment moins rapide que celle des piétons. Pourquoi tous ces gens s’obstinaient à aller travailler tous à la même heure, dans la même direction, vers des bureaux tous plus horribles les uns que les autres ? »

« Le point-virgule était le plus ingénieux des mécanismes, il était l’engrenage autour duquel s’organisaient ses nuits, ses rêves, sa pensée ; il admirait ce soupir minuscule : non pas une pause mais un souffle musical. Sa pensée, sous l’effet de ce souffle, se gonflait, dévoilant alors ce que la phrase recelait en ses plis : logique, mystère, absurdité, humour, tragique… »

« Le point-virgule était la charnière ; il était le pivot ; parce que la phrase tourbillonnait ; rebondissait autour de lui ; il pouvait être vu comme un germe produisant les mots en pagaille ; et par conséquent la pensée toute entière ; même les songes ; même les rêves. »

« Bienvenue au pays des points-virgules, le peuple de ceux qui relient et ne séparent pas. Que vos propositions soient incomplètes ou indépendantes, vous pourrez compter sur nous ; nous les isolons et les enchaînons. Confiez nous vos problèmes ; nous leur donnerons du rythme, articulation et élégance. Ici, ni poings ni exclamations ! Seulement calme et volupté ; point de suspension inutile dans nos transports ; uniquement logique de la construction ; nos véhicules sont parfaitement agencés et vous emmènent là où vous voulez ; votre voyage sera confortable et sans désordre ; nous savons nous y prendre pour enchaîner conjonctions et subordonnées ; mais nous espérons que votre séjour chez nous sera bucolique, rupestre et poétique ; que vous serez enchanté par le charme de nos épines dorsales de points-virgules ; chez nous les mots respirent, les phrases s’étalent ; les espaces abondent ; les passions se déchaînent ; si vos phrases s’étendent trop, nous saurons déprimer leurs longueurs ; si vos discours s’étiolent trop, vous trouverez ici de quoi regonfler leurs langueurs… »

Ramsès au pays des points-virgules, roman de Pierre Thiry, Books on demand —

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