Sarrasine suivi de La messe de l’athée – Honoré de Balzac

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Quel bonheur de retrouver la plume de Balzac, son incroyable sens de l’observation des moeurs de son époque, ses fines descriptions des gens, des objets – rien ne semble échapper à son oeil averti – un grain de peau, le pli d’un tissu, une lumière, une nuance de couleur, une matière, une ambiance… Sarrasine est une nouvelle rattachée aux études philosophiques de la Comédie humaine (au même titre que La messe de l’athée, nouvelle qui suit).
Une atmosphère presque fantastique règne dès le début de la nouvelle dans la description d’un paysage, très habilement opposée à la réalité des riches bourgeois ; l’éblouissement de leur apparence et l’étalage de leur richesse.
Le narrateur passe la soirée chez les Lanty, une famille fortunée qui a sous sa protection un vieillard qui intrigue, fascine et apeure les invités. Tel un spectre, il refroidit, au sens propre, les gens qu’il approche. Les hôtes sont par ailleurs émerveillés par la beauté parfaite d’une représentation d’Adonis sur un tableau. Le narrateur va alors conter à son amie Madame de Rochefide l’histoire de ce vieil homme inquiétant et révéler l’origine de la peinture qui l’impressionne tant, à travers un épisode de la vie de Sarrasine, artiste sculpteur qui tomba éperdument amoureux d’une chanteuse lyrique ; la Zambinella. La beauté et le charme de cette dernière le bouleversa tellement qu’il sculpta une statue à son effigie. Très vite, cet emportement passionnel va faire basculer la vie de Sarrasine quand il découvrira que la Zambinella est en fait un castra !
Balzac évoque ici la création artistique et la douleur qu’elle entraîne souvent, la désillusion amoureuse, destructrice, et la notion de l’identité – Sarrasine aura évidemment des doutes sur sa propre identité sexuelle -.
Quelques mots sur La messe de l’athée. Horace Bianchon, élève du grand chirurgien Desplein, se questionne sur l’honnêteté de son maître. Ce dernier déclare haut et fort à tous qu’il est profondément athée et Bianchon le découvre un jour en pleine messe. L’élève finit par interroger l’illustre docteur, qui se voit ainsi contraint de fournir des explications concernant son passé, et en particulier sa rencontre avec un porteur d’eau ayant porté assistance à l’étudiant qu’il était alors.

« Les arbres, imparfaitement couverts de neige, se détachaient faiblement du fond grisâtre que formait un ciel nuageux, à peine blanchi par la lune. Vus au sein de cette atmosphère fantastique, ils ressemblaient vaguement à des spectres mal enveloppés de leurs linceuls, image gigantesque de la fameuse danse des morts. Puis, en me retournant de l’autre côté, je pouvais admirer la danse des vivants ! Un salon splendide, aux parois d’argent et d’or, aux lustres étincelants, brillant de bougies. Là, fourmillaient, s’agitaient et papillonnaient les plus jolies femmes de Paris, les plus riches, les mieux titrées, éclatantes, pompeuses, éblouissantes de diamants ! »

« La Zambinella lui montrait réunies, bien vivantes et délicates, ces exquises proportions de la nature féminine si ardemment désirée, desquelles un sculpteur est, tout à la fois, le juge le plus sévère et le plus passionné. C’était une bouche expressive, des yeux d’amour, un teint d’une blancheur éblouissante. Et joignez à ces détails, qui eussent ravi un peintre, toutes les merveilles des Vénus révérées et rendues par le ciseau des Grecs. L’artiste ne se lassait pas d’admirer la grâce inimitable avec laquelle les bras étaient attachés au buste, la rondeur prestigieuse du cou, les lignes harmonieuses décrites par les sourcils, par le nez, puis l’ovale parfait du visage, la pureté de ses contours vifs, et l’effet de cils fournis, recourbés qui terminaient de larges et voluptueuses paupières. C’était plus qu’une femme, c’était un chef-d’oeuvre ! »

« Quand la Zambinella chanta, ce fut un délire. L’artiste eut froid ; puis, il sentit un foyer qui pétilla soudain dans les profondeurs de son être intime, de ce que nous nommons le coeur, faut de mot ! Il n’applaudit pas, il ne dit rien, il éprouvait un moment de folie, espèce de frénésie qui ne nous agite qu’à cet âge où le désir a je ne sais quoi de terrible et d’infernal. Sarrasine voulait s’élancer sur le théâtre et s’emparer de cette femme. Sa force, centuplée par une dépression morale impossible à expliquer, puisque ces phénomènes se passe dans une sphère inaccessible à l’observation humaine, tendait à se projeter avec une violence douloureuse. »

Sarrasine suivi de La messe de l’athée, Honoré de Balzac

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