Rosa Candida – Audur Ava Olafsdottir

rosac

Voici un très joli roman. On y entre plein de curiosité et le parfum des roses aidant, on en sort tout heureux. Arnljotur, jeune homme d’une vingtaine d’années prend la route pour un long périple, avec dans ses bagages des boutures de roses rares, provenant de la serre maternelle. Ce voyage à destination d’une illustre roseraie est pour lui un véritable pèlerinage, un hommage vibrant à celle qui était si chère à son coeur, sa mère, décédée tragiquement dans un accident de voiture.
De nombreuses questions l’assaillent ; sur la mort et le deuil, sur la vie et son sens, sur le corps et ses fonctions… Il cherche le bon chemin, celui qui le mènera vers une vie épanouie et sereine, vers un certain idéal. Le trajet jusqu’au monastère, où se trouve la roseraie, favorisera son introspection et un moine cinéphile, personnage étonnant, répondra à d’autres interrogations par le truchement de visionnages de films, éclairant certaines zones d’ombres persistantes.
La conservation des boutures de roses est loin d’être anodine. Il y a l’idée de la continuité, du lien, de la mémoire, et évidemment la symbolique des racines : la recherche de sa place dans la généalogie familiale, les attaches qui l’unient aux siens, une manière de faire son deuil, d’accepter la disparition de sa mère.
En parallèle, son père et son frère autiste vont également voir leur vie avancer, grâce à des rencontres amoureuses. Son père, avec lequel il est régulièrement en contact, partage les souvenirs de sa femme avec lui, à travers ses recettes culinaires, ils parlent ainsi d’elle d’une façon détournée et pudique.
Au monastère, on lui demandera de réorganiser et d’entretenir la roseraie, une sorte d’eden, un lieu à part où les roses vont s’épanouir en même temps que leur jardinier. En revanche, Arnljotur sera vite confronté à la réalité, aux responsabilités qui lui incomberont ; l’éducation de sa fille, un ange presque tombé du ciel. Il lui faudra organiser sa vie en fonction de cet enfant dont il aura la charge.
Tout cela va se mettre en place naturellement, à force de travail et d’implication. Avec une douceur incroyable, une grande patience, une tendresse infinie, le jeune homme candide va devenir un homme responsable, un père attentif, et surtout un être humain empli de bonté.

« Il n’y a pas de jour ordinaire tant qu’on est en vie, tant que ses jours ne sont pas comptés. »

« Je pose l’index sur la carte et décide que c’est là que je passerai la nuit, quelque part par là, à deux centimètre près. Soit à quelque deux cents kilomètres près sur l’atlas mondial. On a mené de grandes guerres pour moins que cela, même pour quelques millimètres en plus ou en moins. Mon index glisse jusqu’au bord de la carte, jusqu’au terme du voyage, en fait tout au bout et tout en bas du capot. L’endroit n’est pas marqué sur la carte, mais il semble que la route du pèlerinage prend fin non loin de là. »

« C’était comment, de recevoir un enfant ? Demande ma voisine dans la voiture.
– Surprenant .
– Qu’est-ce qui t’as surpris ?
-On pense à la mort. Quand on a eu un enfant, on sait qu’on mourra un jour. »

« J’arrange l’oreiller et m’allonge de manière à pouvoir regarder par la fenêtre dans la nuit noire. Si je ne m’abuse, c’est la pleine lune. J’inspecte mieux le firmament ; il n’y a pas à s’y tromper, la lune est d’une grosseur inquiétante et elle est beaucoup trop proche ; quant à mes étoiles natales, elles ont disparu de la carte, elles ne luisent nulle part ; on voit à leur place des astres hostiles, une configuration stellaire inconnue, un schéma nouveau, indéchiffrable, inscrit sur la noire voûte céleste. »

«  Tu es le bienvenu, si tu veux passer voir les regrets avec moi.
– Les quoi ?
– La nostalgie. Il faut regarder la souffrance dans les yeux pour pouvoir partager celle de ceux qui souffrent. »

« Je jette un coup d’oeil au miroir à côté de moi et me trouve face à un homme soucieux, aux cheveux roux fraichement coupés. C’est peut-être une excellente parade à la solitude, mais ça fait un peu drôle de se voir reflété à tout bout de champ, d’être constamment conscient de soi-même. »

« Je suis là, en T-shirt blanc, des pinces à linge entre les dents, à quelques mètres de l’autre côté de la rue où un vieux bonhomme à la retraite se morfond chez lui toute la journée en maillot de corps. Je commence par suspendre les collants de ma petite fille et puis les slips de sa mère, accrochant ainsi petit à petit toute ma vie privée sur le fil, comme les draps tachés de sang après la nuit de noces qu’on suspendait jadis au balcon. »

Rosa Candida, roman de Audur Ava Olafsdottir, Editions Zulma —

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