La petite fille de Monsieur Linh – Philippe Claudel

lapetitefille
Un style épuré, des mots simples, des phrases courtes, la lecture de ce petit roman est fluide et rapide. Le temps adopté par l’auteur est le présent, on suit ainsi les pérégrinations de Monsieur Linh à travers son propre regard. Une poignée de personnages, peu de détails, on note une certaine pudeur, qu’on comprend parfaitement au fur et à mesure du déroulement de l’histoire.
Monsieur Linh est un vieillard qui a fui son pays en guerre, blotti contre lui, un nouveau-né ; Sang diû, sa petite fille. Ses enfants sont morts sous les bombes, ils sont donc les seuls survivants de leur famille. Le vieil homme s’accroche autant à sa petite fille qu’elle s’accroche à lui, ils forment à eux deux un bien étrange couple, la jeunesse et la vieillesse entrelacées, les prémices la vie pour l’une et la proximité de la mort pour le vieillard, et pourtant indéfectiblement liés l’un à l’autre et plein d’espoir en de meilleurs lendemains. Elle est sa béquille, son repère, ses espérances, ses souvenirs aussi. Sans elle, il n’aurait pas cette force qui le pousse à aller de l’avant, à tenter de s’intégrer dans ce nouveau pays qui les accueille.
Monsieur Bark, qu’il rencontre un jour sur un banc, va devenir une personne très importante pour Monsieur Linh. La barrière de la langue ne sera pas un obstacle, au contraire même, la communication entre les deux hommes sera ainsi plus tournée vers les sens, à travers des tapes sur l’épaule, l’odeur de cigarettes, des verres et des repas partagés, les mélodies de leur voix, leur silence aussi…
Mais, les deux amis vont malheureusement être séparés.
L’atmosphère se fait de plus en plus pesante dans les dernières pages, le récit s’accélère, on sent qu’il se trâme quelque chose d’étrange depuis le début mais impossible de savoir de quoi il s’agit…la fin en sera d’autant plus violente.

« Il n’oubliera jamais la saveur muette de cette première soupe, avalée sans coeur, alors qu’il vient de débarquer, qu’au-dehors il fait si froid, et qu’au-dehors, ce n’est pas son pays, c’est un pays étrange et étranger, et qui le restera toujours pour lui, malgré le temps qui passera, malgré la distance toujours plus grande entre les souvenirs et le présent. »

« La petite a ouvert les yeux. Son grand-père lui sourit « Je suis ton grand-père, lui dit Monsieur Linh, et nous sommes tous les deux, nous sommes deux, les deux seuls, les deux derniers. Mais je suis là, n’aie crainte, il ne peut rien t’arriver, je suis vieux mais j’aurai encore la force, tant qu’il le faudra, tant que tu seras une petite mangue verte qui aura besoin du vieux manguier. »

« Grâce à Monsieur Bark, le pays nouveau a un visage, une façon de marcher, un poids, une fatigue et un sourire, un parfum aussi, celui de la fumée des cigarettes. Le gros homme a donné tout cela à Monsieur Linh, sans le savoir. »

La petite fille de Monsieur Linh, roman de Philippe Claudel, Le livre de poche —

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