Dans les veines ce fleuve d’argent – Dario Franceschini

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L’auteur, d’origine italienne né à Ferrare en 1958, est plutôt connu pour ses activités politiques. Pourtant, ce premier roman a été salué par la critique et a obtenu le prix du premier roman de Chambéry en 2007, année où il a publié son second roman : La follia improvvisa di Ignazio Rando. L’histoire de Primo et celles des gens qu’il trouve sur son chemin nous transportent, on a l’impression d’être au plus près, de descendre nous aussi le fleuve…

A l’automne de sa vie, Primo Bottardi espère vivement retrouver son ancien camarade de classe, Massimo Civolani. Il se sent désormais apte à répondre à la question que celui-ci lui avait posé, et à laquelle il n’avait pas su répondre, quarante années auparavant. Loin d’être un voyage initiatique, il s’agit plutôt d’un retour aux sources, d’excursions dans ses souvenirs. Porteur d’un message, Primo prend la route à la recherche de son ami perdu, en suivant le Pô, fleuve intimement lié à l’aube de sa vie.
C’est sous un ciel gris et bas que Primo évolue, un brouillard léger – dans son esprit/sur son chemin – l’enrobe. Constamment sous ses yeux, le fleuve porte son histoire et celle de chaque habitant rencontré tout au long de son périple ; des personnages pittoresques souvent touchants, jamais caricaturaux, qui se confient volontiers à cet ancien enfant du pays. Ce fleuve est le fil conducteur de ses souvenirs d’enfance, de ses bonheurs perdus, les sensations éprouvées par Primo sont palpables au détour de chaque phrase ; bruits, couleurs, senteurs, saveurs, sensualité des corps. On glisse du monde de l’enfance, de l’innocence, à celui de la fin de vie vers un destin implacable, que le fleuve symbolise.
Ainsi, le Pô est véritablement personnifié par l’auteur, tantôt délicat et lisse, coulant paisiblement, tantôt agressif et sauvage, tel un monstre. Il est versatile et montre une multitude de visages. Par ses mouvements, il rythme la vie de chacun. Il nourrit les habitants en les ravitaillant en esturgeons mais fait sombrer les pêcheurs trop aventureux dans ses filets, provocant les larmes éternelles des mères et épouses. Il fait miroiter ses reflets argentés à la belle saison accompagnant les a mours naissants. Complice et pourtant infidèle, il est toujours présent dans la vie de ces femmes, de ces hommes que Primo rencontre. Pour ces habitants du fleuve, ce dernier est tour à tour un Dieu vénéré, un monstre terrible, une joie immense, leur pain quotidien, leurs lourdes peines. Il fait partie de leur vie, il est leur vie, et celle de Primo en particulier.

« La réponse est dans la musique. Ce n’est pas une transcription des bruits du monde, elle n’est pas cachée dans les bruits du quotidien. Elle est toute entière en nous et celui qui l’écrit a simplement trouvé la clé pour disposer sur les lignes d’une feuille le mystère d’une chose qui est là, si vivante, si bouleversante, et qui pourtant ne naît pas parmi les choses du monde, mais sort de nous pour entrer dans le monde. C’est ainsi que nous devons traverser la vie. Libres de révéler au grand jour les sons, les couleurs, les mots qui vivent en nous et de les donner à tous tels qu’ils sont derrière nos yeux. »

« Lorsque la charrette atteignit le sommet de la digue, Primo sentit son souffle s’arrêter dans sa gorge et il déglutit face à la majesté du grand fleuve qui revenait dans sa vie. Il coulait imposant et fier, tel qu’il ne l’avait plus jamais revu depuis ces après-midi solitaires de son enfance où il restait des heures durant sur la rive à lancer des pierres loin dans l’eau et à regarder les bateaux qui passaient lentement, chargés de bois, de sable, de montagnes de sucre. Il l’avait oublié, perdu dans les journées prudentes de son existence ordonnée, mais il était encore là, comme autrefois, puissant et éternel, gonflé de douceur et de violences secrètes. »

« Tout petit déjà, mon fils me demandait de lui expliquer ce qu’était l’amour, comment on pouvait dessiner ce qu’on éprouvait pour les grands-parents ou pour les parents et pour m’en sortir, je lui racontais qu’il existait, mais qu’on ne pouvait pas le voir et encore moins le dessiner. Lorsqu’il alla en ville pour faire ses études de médecine il m’écrivit qu’il faisait des tas d’autopsies et que chaque fois il essayait, en vain, de le trouver caché quelque part. Et que pourtant il y était. Ainsi, depuis des années, il m’envoie de Borello des caisses pleines d’amour rien que pour moi et il les remplit toujours de paille pour qu’il arrive là encore intact. »

« D’ailleurs c’est un cheval du fleuve et il a travaillé trop longtemps dans des campagnes lointaines. Depuis qu’il est revenu, il ne pense qu’à mourir dans son eau. Je le comprends. Nous la regardons chaque matin, nous la buvons, elle nous fait vivre, nous en rêvons la nuit. Notre monde est ici, entre les digues, et c’est là que nous voulons mourir. En dehors, c’est la terre des autres. »

Dans les veines ce fleuve d’argent, roman de Dario Franceschini, Folio —

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